Royaume-Uni

L’avenir de Theresa May suspendu au vote de défiance de son propre parti

Le vote va se dérouler mercredi soir. Quelle qu’en soit l’issue, les divisions et l’acrimonie au sein des conservateurs continueront

Le Royaume-Uni s’enfonce un peu plus dans une crise politique majeure. Et cette fois-ci, ce qui était évident depuis longtemps est désormais officiel: les débats ne se déroulent pas au sein du parlement, ni même du gouvernement, mais entre les 315 députés conservateurs. Les convulsions internes des tories, qui se déchirent depuis un quart de siècle sur l’Europe, éclatent au grand jour, prenant en otage le reste du pays.

Après des mois de disputes ouvertes et de bruits de couloir, les élus conservateurs ont déposé une motion de défiance contre leur leader, Theresa May. Pour y parvenir, il fallait que 15% des députés le demandent, soit 48 d’entre eux. Le seuil a finalement été atteint mardi soir. Le scrutin va se dérouler dans la soirée de mercredi. Il suffit d’une majorité simple, soit 158 voix exactement, pour le remporter. L’affaire concerne uniquement le Parti conservateur et ses règles internes. L’opposition travailliste ou la Chambre des communes n’ont pas leur mot à dire. La phrase de John Ramsden, historien décédé en 2009, semble plus vraie que jamais: «Le Parti conservateur est une autocratie régulée par des assassinats.»

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L’amertume est telle de chaque côté des tories que plus personne ne met de gants. Le vote «permettra de purger les extrémistes», espère Philip Hammond, le chancelier de l’Echiquier. Ken Clarke, un député conservateur pro-européen, estime que l’organisation de ce vote «en temps de grave crise nationale» est «hors de propos et irresponsable».

Appels à la démission

Du côté des brexiters, les appels à la démission ne sont plus voilés. «La première ministre n’a pas réussi à avoir la majorité au parlement (sur l’accord de retrait de l’Union européenne), explique Jacob Rees-Mogg, figure de proue des députés conservateurs anti-européens. Il me semble qu’elle a perdu la confiance de la Chambre des communes. Elle doit démissionner, quel que soit le (résultat) du vote de défiance.»

Quant à Theresa May, plus elle est sous tension, plus elle se fait combative et déterminée. Après avoir passé un total de 22 heures à la Chambre des communes depuis huit jours, puis s’être précipitée mardi à Berlin, Bruxelles et La Hague, elle est apparue sur le perron de Downing Street mercredi matin. «Je vais me défendre contre ce vote de toutes mes forces. Je suis membre du Parti conservateur depuis quarante ans.»

Chacun campe sur ses positions au sein du Parti conservateur parce que celles-ci sont irréconciliables. La fracture interne remonte à la fin des années 1980. A l’époque, contrairement à l’idée reçue, ce parti était relativement uni en faveur de l’Europe, tandis que les travaillistes se déchiraient, estimant que Bruxelles était bien trop à droite.

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L’attitude de Margaret Thatcher a tout changé. La Dame de fer, qui avait toujours été critique mais favorable au projet européen, a prononcé un long discours à Bruges en 1988. Jacques Delors, président de la Commission européenne, venait de proposer «un modèle de société uniquement européen», suggérant une «Europe sociale» et une monnaie unique. Margaret Thatcher était horrifiée de cette tentative «de concentrer le pouvoir au cœur du conglomérat européen».

Le tournant Margaret Thatcher

Pour les admirateurs de Margaret Thatcher, ce discours a été un tournant. Un premier groupe d’une vingtaine de députés eurosceptiques a commencé à se battre, faisant du mandat de John Major un véritable chemin de croix. «Les connards», comme les appelait le premier ministre de l’époque, ont failli bloquer le passage du Traité de Maastricht, malgré l’exemption de rejoindre la monnaie unique qu’avait obtenue le Royaume-Uni.

Vingt ans plus tard, les mêmes, aidés par une jeune génération qui a baigné dans l’euroscepticisme dès son entrée en politique, ont continué leur campagne. Jusqu’à arracher à David Cameron en 2013 la promesse d’un référendum sur l’appartenance à l’UE, avec le résultat que l’on connaît le 23 juin 2016.

Quel avenir pour le parti?

Ces obsédés de la question européenne n’ont pourtant pas pris la majorité du Parti conservateur. Les plus durs, réunis au sein de l’European Research Group, ne sont pas plus d’une trentaine, peut-être une quarantaine (la liste de ses membres n’est pas publique). En face, une vingtaine de pro-européens demeurent. Entre les deux, la vaste majorité pouvait être classée comme des eurosceptiques modérés, jusqu’à ce que le référendum les oblige à choisir leur camp. Depuis, la guerre fratricide est complète.

Dans ces circonstances, le résultat de la motion de défiance ne changera pas grand-chose. Les deux camps resteront face à face, se détestant. La machine tory étant une puissante arme pour gagner le pouvoir, ils ont pour l’instant réussi à rester ensemble. Mais pour encore combien de temps?

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