Vu du dehors, l'Amérique a désormais une apparence très carrée. Républicaine pur sucre, sûre de son bon droit, sans trop prêter attention aux chiots qui aboient quand elle passe. Lendemains pénibles et belliqueux? Le premier test sera l'Irak, cette semaine déjà sans doute aux Nations unies. Mais une vue manichéenne de ce conflit, chez les Européens, serait de mauvais conseil. L'opposition à la politique de force des Etats-Unis au Proche-Orient, elle est d'abord venue, à la fin de l'été, de l'intérieur même du Parti républicain. Et elle a l'oreille d'une partie de l'administration, en particulier au Département d'Etat. Par ailleurs, les démocrates, qui se sont laissés ligoter à la veille des élections par crainte de paraître anti-patriotiques, auront désormais le verbe plus libre. Une bonne partie de ceux qui ont voté la résolution sur les pouvoirs militaires que demandait George Bush l'ont fait sous conditions: ne jamais se couper de l'ONU, jouer jusqu'au bout le jeu de la commission d'inspection de l'armement non conventionnel de l'Irak. A Washington, les idéologues civils du Pentagone qui rêvent de chirurgie politico-militaire au cœur du monde arabe n'ont pas le champ libre. Les Européens qui redoutent cette aventure ont des alliés aux Etats-Unis, à qui ils doivent parler et qu'ils doivent écouter.