L’évasion de Chen Guangcheng n’aurait pas été possible sans un réseau d’activistes prêts à risquer leur liberté pour lui rendre la sienne. Ils n’ont pas tardé à payer le prix de leur audace. A peine l’avocat était-il en sécurité entre les murs de l’ambassade des Etats-Unis que deux de ses complices avaient disparu. He Peirong, qui a emmené le fugitif jusqu’à Pékin, a été interpellée vendredi à son domicile de Nankin (est), selon des organisations de défense des droits de l’homme. Quant à Guo Yushen, disparu depuis samedi, il a été libéré lundi après trois jours d’interrogatoire. Le frère de Chen et son neveu ont aussi été arrêtés hier.

Plusieurs activistes ont aidé l’avocat aveugle à sortir de son village, Dongshigu, dans la province du Shandong, où il était placé en résidence surveillée depuis plus d’un an et demi avec sa femme, sa mère et sa fille. «Ils sont prêts à payer pour libérer ce symbole du mouvement de défense des droits en Chine», relève Nicholas Bequelin, de Human ­Rights Watch Asie.

Dans une vidéo mise en ligne vendredi sur Internet, Chen Guangcheng demande au premier ministre Wen Jiabao d’ouvrir une enquête judiciaire contre les gardiens qui l’ont maltraité ainsi que sa famille pendant sa séquestration, et de protéger ses proches qu’il a dû laisser derrière lui. Sa stratégie s’inscrit dans le mouvement des «avocats aux pieds nus», estime Nicholas Bequelin. Il demande aux autorités centrales – pourtant responsables de son arrestation – de respecter ses droits en se référant aux lois en vigueur en Chine.

Vingt heures de périple

L’éminent militant Hu Jia, ami proche de Chen Guangcheng, a été arrêté samedi après la publication sur Internet d’une photo de lui et Chen, puis relâché vingt-quatre heures plus tard. Ce qui ne l’a pas empêché de raconter à plusieurs médias le périple de Chen Guangcheng, qu’il a rencontré peu avant qu’il ne se réfugie dans l’ambassade américaine. Il a fallu vingt heures au dissident aveugle pour fuir sa maison et son village, escaladant un mur, traversant des fossés et une rivière, tombant 200 fois avant de rejoindre He Peirong. Ils ont ensuite roulé pendant trois jours pour parcourir les 500 km qui les séparaient de la capitale.

Plusieurs mois de préparation, et quelques tentatives avortées ont été nécessaires. Chen Guangcheng était parvenu à creuser deux mètres de tunnel sous sa maison par le passé, avant que ses gardiens – selon ses propres estimations, une centaine d’hommes de main payés pour se relayer autour de sa maison – ne déjouent ses plans. Peu avant sa dernière tentative, il était resté alité pendant quelques semaines pour faire croire à ses vigiles qu’il était trop faible pour fuir.