Union européenne

L’axe franco-allemand, cap européen de Macron

La signature mardi du nouveau traité franco-allemand à Aix-la-Chapelle confirme la volonté de l’Elysée d’arrimer Paris à Berlin. Alors que l’Italie et la France sont en confrontation ouverte

Et si le nouveau traité franco-allemand, signé mardi par Emmanuel Macron et Angela Merkel à Aix-la-Chapelle (la capitale de Charlemagne et de l’Empire carolingien au VIIIe siècle), illustrait la future «souveraineté européenne» que le président français défend depuis qu’il s’est porté candidat à l’Elysée? Fort de sept chapitres et 28 articles, ce texte affirme en tout cas d’emblée son objectif: «renforcer la coopération et l’intégration» entre les deux pays.

Une démarche qui, sans surprise, lui vaut d’être brandi en étendard de la vente à la découpe des Etats-nations par les souverainistes, Marine Le Pen en tête: «Converger autant avec l’Allemagne, c’est une trahison, expliquait lundi au Temps la présidente du Rassemblement national (ex-Front national). Il y a la lettre de ce traité, mais aussi l’esprit. Je ne veux pas d’une plus grande convergence avec Berlin, que ce soit au niveau social ou sécuritaire.»

Une nouvelle pierre à l’édifice

La réalité est que rien n’obligeait Paris et Berlin à réviser le traité de l’Elysée signé en janvier 1963 par le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer. La volonté est donc bien d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice franco-allemand, ce que résume cette phrase de son préambule: «Elever les relations bilatérales à un niveau supérieur et se préparer aux défis auxquels les deux Etats et l’Europe sont confrontés au XXIe siècle et, souhaitant faire converger leurs économies et leurs modèles sociaux, favoriser la diversité culturelle et rapprocher leurs sociétés et leurs citoyens.»

Pour ce faire, un groupe de travail de parlementaires des deux pays avait été constitué en 2018. Il était présidé en France par Sabine Thillaye, présidente de la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale et députée d’Indre-et-Loire. Motif supplémentaire de détestation pour les souverainistes et pour le RN: cette élue d’origine allemande, naturalisée française voici moins d’une dizaine d’années, fait partie de ces députés issus de la société civile sortis de nulle part lors du recrutement organisé, via internet, par le parti macronien La République en marche.

Coopération accrue préventive

Pourquoi avoir risqué la polémique avec ce traité alors que la chancelière Angela Merkel abandonnera bientôt ses fonctions, au profit de sa successeur Annegret Kramp-Karrenbauer, élue récemment patronne du parti conservateur CDU? Et pourquoi se rapprocher encore de Berlin alors que les autorités allemandes ont montré, fin 2018, qu’elles demeuraient réticentes à la réforme de la gouvernance de la zone euro défendue par la France? L’accord signé au sommet de Bruxelles les 13-14 décembre à propos des institutions liées à la monnaie unique a finalisé l’union bancaire, ouvert la voie à un mécanisme de résolution des crises et à une facilité budgétaire pour la zone euro mais sans aller jusqu’à la création d’un Fonds monétaire européen.

La réponse est à la fois contenue dans le traité et dans l’actualité. Côté traité, les 28 articles vont tous dans le sens d’une coopération accrue préventive, en renforçant les mécanismes de coopération. «Le couple franco-allemand avait une alliance. Il vient de se doter d’un corset. C’est assez logique quand la vieillesse survient», sourit un diplomate.

Plusieurs articles sont spécifiquement consacrés à la coopération militaire, continuation logique de l’Eurocorps, cette force de réaction rapide franco-allemande constituée en 1993 (avec QG à Strasbourg) et étendue, depuis, à d’autres contingents nationaux. La convergence diplomatique, en particulier au sein des Nations unies – où la France conserve son siège malgré l’appel de plusieurs dirigeants allemands à le transformer en siège pour l’Union européenne –, est soulignée, mais sans mécanisme de contrainte.

Création d’eurodistricts

La coopération transfrontalière sera, elle, facilitée par la création d’eurodistricts qui ne visent pas la cession de territoires (le Rassemblement national affirme que l’Alsace risque de passer sous coupe allemande) mais la facilitation d’échanges.

«Les deux Etats dotent les collectivités territoriales des territoires frontaliers et les entités transfrontalières comme les eurodistricts de compétences appropriées, de ressources dédiées et de procédures accélérées permettant de surmonter les obstacles à la réalisation de projets transfrontaliers, en particulier dans les domaines économique, social, environnemental, sanitaire, énergétique et des transports, énonce le traité d’Aix-la-Chapelle. Si aucun autre moyen ne leur permet de surmonter ces obstacles, des dispositions juridiques et administratives adaptées, notamment des dérogations, peuvent également être accordées.»

Un filet de sécurité

La vraie réponse à l’utilité d’un tel texte est toutefois politique. Dans une Union européenne bousculée par le Brexit, au moment où l’Italie et la France sont en état de confrontation constante et tandis que plusieurs pays d’Europe centrale pratiquent une guérilla permanente envers Bruxelles, l’axe franco-allemand est vécu par Emmanuel Macron comme un indispensable filet de sécurité.

Manière aussi de signifier l’arrimage de la France au nord de l’Europe et à sa locomotive économique au moment où démarre la campagne pour les élections européennes du 26 mai 2019. Une sorte de police d’assurance dont la future chancelière, la francophile Annegret Kramp-Karrenbauer, issue du land frontalier de la Sarre, se retrouvera bientôt garante.

Publicité