C’est un geste sans précédent que vient d’effectuer probablement bien malgré lui le Guide suprême iranien, qui montre au grand jour que le sommet de l’Etat est de plus en plus divisé: l’ayatollah Ali Khamenei a ordonné ce vendredi au président Mahmoud Ahmadinejad de renvoyer Esfandiar Rahim Mashaie, dont la nomination comme premier vice-président a été largement critiquée chez les conservateurs, a annoncé vendredi la télévision publique.

«La nomination de M. Esfandiar Rahim Mashaie au poste d’adjoint du président est contraire à votre intérêt et à celui du gouvernement et elle provoquera la division et la frustration de vos partisans», a estimé M. Khamenei dans une lettre à M. Ahmadinejad, citée par la télévision publique. «Il faut annuler cette nomination», a ajouté le Guide suprême dans ce courrier dont la date n’a pas été précisée, mais qui constitue un désaveu cinglant de M. Ahmadinejad.

La nomination de M. Rahim Mashaie, annoncée le 17 juillet, a créé un tollé général chez les conservateurs qui lui reprochent d’avoir affirmé en juillet 2008 que l’Iran était «l’ami du peuple américain et du peuple israélien», contrastant ainsi avec les attaques verbales de Téhéran contre Israël. Malgré les critiques de son propre camp, M. Ahmadinejad a depuis apporté un soutien sans faille à son premier vice-président, affirmant qu’il avait «mille raisons» d’avoir de l’affection pour lui.

Le fils de Rahim Mashaie a épousé la fille de Mahmoud Ahmadinejad. Des bruits avaient couru sur sa démission il y a peu, qu’il avait dû lui-même démentir avant que Mahmoud Ahmadinejad ne vole à son secours.

Les cérémonies d’investiture présidentielle doivent avoir lieu début août, et de nombreux hauts dignitaires ont déjà prévenu qu’ils n’y assisteraient pas, tout comme ils avaient déjà boycotté la soirée officielle de la présidentielle. La légitimité du régime semble de plus en plus contestée, alors que l’opposition semble reprendre confiance et qu’à l’étranger, les Iraniens de la diaspora s’apprêtent à organiser ce week-end plusieurs manifestations de soutien à l’opposition et à la démocratisation du régime.