«Adolf Hitler était un génie militaire incomparable [...]. Il écoutait de la belle musique, savait se comporter, et a remis de l'ordre en Allemagne.» Ces propos n'ont pas été prononcés par un quelconque néonazi en mal de nostalgie guerrière mais par Moshe Feiglin, le nouveau leader de tendance dure du Likoud.

A l'époque - c'était en 1995 -, Moshe Feiglin et ses amis venus des colonies de Cisjordanie avaient fondé un mouvement baptisé «Zo Artzenou» («C'est notre pays»). Leurs sympathisants paralysaient les routes d'Israël pour tenter d'empêcher l'application des accords de paix d'Oslo signés deux ans auparavant. Treize ans plus tard, Moshe Feiglin, qui est un juif pratiquant portant la kippa, est devenu l'un des ténors du Likoud, le parti de Benyamin Netanyahou. Mardi dernier, à l'occasion des primaires organisées au sein de sa formation, il a d'ailleurs été élu à la 20e place sur la liste du Likoud pour la Knesset. Dans la foulée, huit autres «feiglinistes» se sont également retrouvés à une place éligible.

«Je serai premier ministre»

Certes, depuis lors, Benyamin Netanyahou a obtenu l'accord des instances de son parti pour rétrograder Moshe Feiglin à la 36e place. Dans la foulée, plusieurs autres «rebelles» se sont d'ailleurs également retrouvés à des places moins attractives, ce qui leur permet de se poser en «victimes des pressions gauchistes» en attendant le résultat des procédures qu'ils comptent entamer devant la justice.

Contrairement à la plupart des activistes de droite israéliens, Moshe Feiglin n'est pas un fort en gueule. Il parle posément et en regardant ses interlocuteurs dans les yeux. «A terme, je serai premier ministre, lâche-t-il dans un sourire mangé par sa barbe. J'imposerai la prière obligatoire à l'école et je veillerai à ce que toutes les lois votées par la Knesset trouvent leur fondement dans la Bible.»

Né à Haïfa, marié à une immigrante d'origine américaine, père de cinq enfants et deux fois grand-père, Moshe Feiglin a d'abord été capitaine dans une unité combattante du génie avant de faire fortune avec une entreprise de lavage de vitres. Au début des années 1990, il a cependant laissé tomber les affaires pour se lancer dans l'action politique.

«Vers la fin des années 1990, Feiglin et ses amis ont donc mis au point une stratégie visant à conquérir le Likoud de l'intérieur afin d'en faire un instrument au service de leurs idées», raconte un ancien du Shabak, la Sûreté générale israélienne. C'est ainsi qu'est né «Manigout Yehoudit» (Leadership juif), le courant le plus à droite du Likoud.»

Grosso modo, le courant compterait de 7000 à 10000 membres en Israël - principalement des colons - et quelques centaines à l'étranger. Notamment aux Etats-Unis, en France, et en Grande-Bretagne où Moshe Feiglin est d'ailleurs interdit de séjour depuis mars dernier.

Jusqu'à récemment, le programme «feigliniste» diffusé sur Internet exigeait qu'Israël se retire des Nations unies et rompe ses relations diplomatiques avec les «pays antisémites» - parmi lesquels la Suisse. Mais cette page a été caviardée peu après les primaires du Likoud. En revanche, dans les nombreuses interviews qu'il accorde depuis le début de la semaine, Moshe Feiglin maintient sa proposition de payer les Arabes israéliens et les Palestiniens de Cisjordanie «pour qu'ils s'en aillent». Selon lui, ceux qui resteraient devraient alors «faire allégeance à Israël en se montrant des citoyens au-dessus de tout soupçon d'un Etat uniquement régi par des lois juives».