Les dirigeants du nouveau gouvernement qui prendra ses fonctions samedi à Kaboul auraient trouvé mardi un accord de principe pour autoriser le déploiement d'une force internationale de sécurité de 5000 hommes. L'information a toutefois fait l'objet d'un démenti officiel afghan en fin de journée alors que les négociations arrivent à leur terme. Selon toute vraisemblance, la Grande-Bretagne devrait jouer le rôle de «nation-cadre», comme l'a confirmé en début de semaine le premier ministre Tony Blair au chef désigné de l'exécutif provisoire afghan, Hamid Karzaï. Le général britannique John McColl prendra la tête de ce dispositif avec 1500 soldats de sa Majesté.

Ce dispositif répond à l'accord interafghan élaboré lors de la conférence de Bonn qui s'est achevée le 5 décembre. Mais les chefs de l'Alliance du Nord, qui contrôlent actuellement Kaboul, ainsi que le ministre désigné pour la Défense, Mohammed Qassim Fahim, n'avaient pas caché jusqu'ici leurs réticences face à une présence militaire étrangère sur leur sol. Ils ont tenté jusqu'à ces derniers jours d'en limiter le nombre au strict minimum – moins de 1000 – et de la cantonner dans des tâches annexes de sécurité des bâtiments gouvernementaux.

Les conditions de l'engagement, ainsi que la durée et l'étendue géographique de celui-ci devraient être réglées ce mercredi à Londres, d'une part, dans le cadre d'une conférence des pays prêts à engager des forces et par le Conseil de sécurité de l'ONU, d'autre part, pour fixer le mandat de la mission. Mais des divergences subsistent. Le ministre afghan intérimaire des Affaires étrangères, le Dr Abdullah a déjà posé comme condition que le dispositif soit placé sous le chapitre VI de la Charte de l'ONU (qui interdit le recours à la force), alors que les Britanniques laissent clairement entendre qu'ils comptent se déployer sous le régime de l'article VII, autorisant le recours aux armes au-delà de la légitime défense. «Je peux vous assurer que toute force britannique aura des règles d'engagement suffisamment souples pour pouvoir assurer sa propre sécurité, a déclaré hier le ministre de la Défense, Geoff Hoon. Il s'agit d'une force chargée de la sécurité, ce qui va bien au-delà du maintien de la paix.»

Dans le même temps, de passage à Rome, le chef du gouvernement désigné, Hamid Karzaï, a mis en garde les différents groupes armés longtemps rivaux qui forment l'Alliance du Nord sur le fait qu'ils devront joindre leurs forces sous l'autorité unique du Ministère de la défense. Ces milices ethniques, alliées de circonstance pour éliminer le pouvoir taliban, se sont longtemps livrées à des guerres de tranchées au centre de la capitale afghane au début des années 90. De son côté, le secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld soulignait la nouveauté de ce déploiement d'une force de paix qui intervient alors que les troupes américaines continuent leur traque à Al-Qaida sur le sol afghan: «Il est vital d'assurer une bonne communication entre les forces américaines en Afghanistan et les forces chargées de la sécurité», a-t-il expliqué afin d'éviter tout malentendu, lors d'une réunion ministérielle de l'OTAN à Bruxelles.

Selon un quotidien allemand, il y aurait des divergences à ce propos entre états-majors européens: la Grande-Bretagne souhaiterait que la direction de la force de paix soit étroitement liée au Commandement central des Etats-Unis, alors que l'Allemagne exige que les deux commandements soient clairement séparés.

L'essentiel de cette force devrait être composé de soldats européens: hormis les 1500 Britanniques, la France pourrait mettre jusqu'à 800 hommes à disposition, l'Espagne 700 et l'Italie «environ 300», selon diverses sources. Un autre contributeur important devrait être l'Argentine qui s'est dite prête à envoyer 600 militaires. L'Allemagne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, la République tchèque, ainsi que les Etats-Unis ont également annoncé leur intention d'y prendre part. Côté musulman, la Turquie, la Jordanie et la Malaisie sont sur les rangs.

De sources afghanes, le rayon d'action des troupes internationales devrait se limiter à Kaboul, les grands axes routiers autour de la capitale, la base aérienne de Bagram, Mazar-i-Charif (nord) et Kandahar (sud). Une centaine de fusiliers marins britanniques devraient arriver à Kaboul d'ici à samedi. Quant à la durée de cette présence elle ne devrait s'étendre que sur «quelques mois», assure Londres.