Occident

L’écart se creuse entre les Etats-Unis et l’Union européenne

Le G7 de Taormina, vendredi et samedi, s’est achevé sur un échec. Les six puissances mondiales ont acté le différend avec les Etats-Unis de Donald Trump sur le climat, marquant une rupture de confiance dans leurs relations

La frustration d’Angela Merkel a explosé dimanche en Bavière. «L’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue, a lâché la chancelière allemande lors d’un meeting à Munich. C’est mon expérience de ces derniers jours.» Elle a passé ces «derniers jours» avec les leaders des principales puissances du monde. D’abord à Bruxelles au sommet de l’OTAN, puis vendredi et samedi à Taormine, en Sicile, pour le G7. Et notamment avec Donald Trump, en Europe et au Proche-Orient pour son premier déplacement international.

Des discussions «pas du tout satisfaisantes»

Les paroles de la dirigeante allemande sont implicitement adressées à son homologue américain. Malgré des négociations acharnées cette fin de semaine, Donald Trump n’a pas plié sur la question climatique. Il n’a pas indiqué s’il voulait appliquer ou non l’Accord de Paris, repoussant sa décision à cette semaine. L’Allemagne, le Canada, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni ont reconnu aux Etats-Unis le temps d’un «processus de révision de leurs politiques sur le changement climatique» mais ont «réaffirmé leur fort engagement à mettre en œuvre rapidement» le texte issu du sommet d’Ise-Shima au Japon l’an passé.

Si l’Allemagne adhère à cette position officielle dans la déclaration finale du G7, elle reste la plus pessimiste et y voit une rupture de la relation de confiance avec son partenaire transatlantique. Angela Merkel a jugé les discussions de vendredi et de samedi sur le sujet «pas du tout satisfaisantes». Cette frustration vient s’ajouter à des tensions préalables au sommet sicilien. A Bruxelles, à la veille de l’ouverture du sommet, Donald Trump s’en serait pris à la politique commerciale allemande. «Les Allemands sont mauvais, très mauvais», aurait-il déclaré, selon des révélations de l’hebdomadaire Der Spiegel, lors d’une rencontre avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, et d’autres responsables européens.

Le contraste n’a jamais été aussi fort entre les Etats-Unis et leurs partenaires. Il faut remonter à la guerre en Irak de George W. Bush pour trouver un tel différend entre les grandes puissances. En mars 2003, le président américain avait lancé l’opération contre l’avis de la France, de la Russie et de la Chine et sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais, avec Donald Trump, la division ne porte pas sur un seul épisode, mais sur une «vision différente des grands thèmes de la politique internationale», selon un professeur d’histoire des relations internationales à l’Université Luiss de Rome.

Le président américain est une énigme. Les Européens ont pu l’observer plusieurs jours durant. Sur le climat, des fuites ou indiscrétions indiquaient aussi bien qu’il était prêt à rester dans l’Accord de Paris comme prêt à le quitter. Le rejet des politiques menées par son prédécesseur, Barack Obama, est la seule certitude. Mais les Etats-Unis sont un partenaire incontournable pour l’Europe. Les thèmes de politique internationale abordés durant le G7 l’ont démontré, comme la résolution des crises syrienne, libyenne et ukrainienne, ainsi que la lutte contre le terrorisme.

«Des accords profonds entre six membres du G7»

Donald Trump «est venu ici pour apprendre», confiait vendredi son conseiller économique, Gary Cohn. Ses homologues sont eux aussi en train d’essayer d’apprivoiser ce président imprévisible. Contrairement à Angela Merkel, le nouveau président français, Emmanuel Macron, semble plus optimiste. «Le Donald Trump que j’ai rencontré avait envie de comprendre et d’écouter, a-t-il confié au Journal du Dimanche. Il est plus ouvert qu’on ne le croit, il aime le contact direct et il est capable de changer de position. Etant donné la manière dont il fonctionne, je pense que je peux construire avec lui une relation cordiale.»

Cela n’a pas empêché le jeune président tout juste élu de marquer ses distances. Sur la question climatique si chère à l’hôte de la COP21 à Paris en 2015, il a insisté sur «les accords profonds entre six membres du G7» marquant ainsi la naissance d’un «G6 +1».

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