Un chiffre, mais toujours peu de doutes. Comme pour attiser le suspense électoral, Le Parisien a choisi de mettre à la une le dernier écart donné par les sondages: 47,5% pour Nicolas Sarkozy contre 52,5% pour François Hollande. Un resserrement dont le quotidien de la capitale s’empresse toutefois, en pages intérieures, de nuancer la portée. «Les indécis ne permettront pas de faire basculer le vote», prévient le journal avec cette explication intéressante au vu du ton général de la campagne du président. Lorsqu’on pousse dans leurs retranchements les électeurs lepénistes sortants «et bayrouistes du premier tour qui n’ont toujours pas fait leur choix […], c’est Nicolas Sarkozy qui apparaît le plus rejeté».

Quelles conclusions en tirer? «Comme d’habitude, le traditionnel débat a conforté les électeurs de droite et ceux de gauche dans leurs convictions, estime Gael Sliman, de l’institut BVA. Sauf qu’un fait notable est intervenu jeudi. Il concerne bien sûr François Bayrou et Libération en fait sa une… en reproduisant l’extrait le plus cinglant de son discours sur la «ligne violente choisie par Nicolas Sarkozy». Intéressant, Libé offre d’ailleurs une plongée objective dans les méandres du centre perturbé par la décision de son leader de voter à titre personnel pour François Hollande. Jean Arthuis, ancien ministre des Finances, y explique qu’il votera lui pour le président sortant. L’intéressé s’empresse toutefois de nuancer en affirmant «qu’il ne reprochera pas ce vote» au patron du MoDem. On sent les lignes bouger, flotter. Car le séisme, dans cette famille classée de longue date au centre droit, est historique. Libé rappelle d’ailleurs que François Bayrou est le premier leader centriste français à prendre parti pour la gauche.

Et dans le camp d’en face, quelles réactions? On se penche aussitôt sur Le Figaro et là, double surprise. La première est de voir que le choc Bayrou, certes annoncé en manchette, est relégué en page 6, comme un fait politique presque «ordinaire». Ah bon? Le Parisien, lui, montre quand même au fil des déclarations de l’entourage de Nicolas Sarkozy combien la décision du leader centriste les a blessés, même s’ils minimisent. «Incohérent, inconsistant, incompétent»! peste son porte-parole Franck Louvrier. «Ça fait petit bras», rugit son adjoint Guillaume Peltier. «C’est l’avis d’un homme seul», tranche le premier ministre François Fillon. D’accord, mais cela sent la trahison, le choc, l’uppercut. Or Le Figaro préfère, avant d’en parler, égrener les nouvelles du camp Sarkozy et brosser un tableau «uni» de la droite et de ses hommes forts Copé, Fillon, Juppé… Le quotidien conservateur, qui s’attarde enfin sur la décision du patron du MoDem, précise qu’il ne donnera pas de consigne de vote et s’attarde sur le fait que le PS «jubile». Dur, dur…

C’est toutefois dans un autre article que Le Figaro nous étonne. Il s’agit de l’éditorial d’Yves Thréard. Son titre? «Vous, président de la République». On se frotte les yeux. Le journaliste s’adresse à François Hollande. Façon, bien sûr, d’énumérer les obstacles qui l’attendent à l’Elysée. Mais la méthode fait bizarre. On sent le tapis glisser, quand même, sous les pieds de son locataire actuel. L’éditorialiste accuse, après avoir choisi de rebondir sur la formule «Moi, président de la République…» utilisée par le candidat socialiste durant le débat de mercredi. Et l’on se demande soudain: pourquoi Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas riposté ainsi? Pourquoi avoir laissé son adversaire endosser l’habit présidentiel?

Pour les contraintes d’ailleurs, mieux vaut lire Les Echos . Le quotidien économique se tient aux aguets et prévient que «Berlin a déjà posé ses lignes rouges». On apprendra aussi, grâce à la très didactique liste des ralliements des candidats du premier tour, que Jacques Cheminade, l’homme aux thèses farfelues, votera Hollande. Pas sûr que ce soit un bon allié. D’autant que le chantier, si le candidat PS est élu, sera copieux et le retour aux réalités fracassant. Une preuve: «Les dépenses sociales des départements français explosent», détaillent Les Echos. Des chiffres bien plus préoccupants que ceux des sondages.