Etats-Unis

L'échec de la refonte de l'Obamacare: une défaite au goût amer pour un Donald Trump affaibli

Contraint d'abandonner son projet de réforme de l'assurance santé, le président américain subit un cuisant échec, qu'il doit en partie à ses propres troupes. Analyse

Que retenir du psychodrame qui s'est déroulé au Capitole à propos de l'Obamacare? Le revers subi par Donald Trump n'a rien d'anodin. Il démontre d'abord que le Congrès peut agir comme contre-pouvoir, que l'opposition peut surgir de son propre parti et prouve aussi, à ceux qui en doutaient encore, qu'on ne peut pas diriger la première puissance mondiale à la manière d'un homme d'affaires. Une leçon de démocratie pour un président mégalomane qui se sentait jusqu'ici tout-puissant. 

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Après d'intenses tractations, un report de vote et de longues heures de débat dans une ambiance électrique, un coup de théâtre s'est produit vendredi: le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a été contraint de retirer le projet de réforme de l'assurance santé des républicains avalisé par la Maison Blanche, et rédigé par ses soins. Pourquoi? Pour éviter un échec cuisant. Il a fait et refait ses calculs, et a dû se rendre à l'évidence: il manquait des voix pour faire passer le plan. 

La résistance du Freedom Caucus

Bien sûr, les 193 démocrates de la Chambre, horrifiés par le détricotage de l'héritage Obama, étaient tous contre le projet de «Trumpcare». Mais ce sont bien une trentaine de républicains (sur 237) qui sont responsables de ce qui est devenu une tragédie pour le président américain au début de mandat difficile. Des modérés du parti ne pouvaient se résoudre à voter en faveur d'une réforme censée priver 24 millions d'Américains supplémentaires d'assurance-maladie sur dix ans. Ce sont surtout des membres du Freedom Caucus, des ultraconservateurs héritiers du Tea Party, qui ont mené la fronde. Pour des raisons diamétralement opposées. Pour eux, la réforme, qu'ils qualifient d'«Obamacare light», n'allait pas assez loin. Elle était trop dispendieuse et ne désengageait pas assez l'Etat fédéral. 

Ecartelé entre les deux extrêmes de son parti, Donald Trump, dont la cote de popularité est au plus bas, a tout fait pour tenter de rallier les récalcitrants à sa cause. Force est de constater qu'il n'a pas réussi à se montrer rassembleur, lui qui n'a cessé de mettre ses talents de négociateur en avant. Il a pourtant donné de sa personne, mais sans vraiment s'intéresser aux détails du projet. Il a reçu, à plusieurs reprises, des représentants du Freedom Caucus à la Maison Blanche, et s'est rendu au Capitole. Il a brandi des menaces: en cas d’échec, a-t-il assuré, les électeurs sanctionneraient les républicains et pourraient faire basculer le Congrès du côté démocrate aux législatives de mi-mandat, en novembre 2018. Sans succès.

La rage de l'humiliation

Cette affaire met en exergue les scissions au sein du parti, ses divisions stratégiques et idéologiques. Le constat est cruel pour Donald Trump: disposer d'une majorité républicaine au Sénat, à la Chambre des représentants ainsi qu'à la Maison Blanche ne garantit pas de faire passer des projets concoctés dans la cuisine républicaine. 

Peu après le coup de théâtre, le président a réagi depuis son Bureau ovale. La rage de l'humiliation a pris le dessus sur l'humilité.

Il a à plusieurs reprises assuré que l'Obamacare allait «exploser», sur un ton revanchard qui laisse craindre qu'il cherche à sa saborder le système en vigueur pour des raisons politiques. Surtout, il a rejeté uniquement la faute sur les démocrates. Un parfait exemple de mauvaise foi: leur seule opposition n'aurait pas empêché le «Trumpcare» de passer.

Les décrets anti-immigration bloqués par la justice

Donald Trump a évité un échec embarrassant en acceptant de pas soumettre son projet au vote. Mais cette stratégie de retrait, ne nous leurrons pas, constitue un revers tout aussi important. Depuis sept ans, les républicains promettent de démanteler l'Obamacare. C'était même l'une des promesses de campagne emblématiques de Donald Trump.

Il n'en est par ailleurs pas à son premier échec. Son décret anti-immigration, promulgué le 23 janvier, a été suspendu par la justice. Il a persévéré, a présenté une nouvelle variante en enlevant l'Irak des sept pays à majorité musulmane dont les ressortissants étaient interdits d'entrer sur sol américain, et, une nouvelle fois, il a dû faire face à une décision d'un tribunal, qui a empêché son entrée en vigueur.

Le président est aussi sérieusement affaibli par l'affaire russe et son interférence dans la présidentielle américaine. Fait inhabituel, le patron du FBI, James Comey, a publiquement admis mener une enquête pour déterminer la nature des liens entre des Russes et l'entourage de Donald Trump. Un président américain sous investigation? Difficile de préserver toute sa crédibilité dans ce contexte. 

Ce weekend, Donald Trump a fait mine de tourner la page, et de se concentrer sur d'autres réformes majeures, comme la réforme fiscale. Egalement rédigée par Paul Ryan, elle prévoit notamment des baisses d’impôts et de lourdes taxes sur les produits importés. Mais là aussi, Donald Trump a du souci à se faire: la réforme provoque déjà d'importantes divisions parmi les républicains.

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