France

L’école française à l’épreuve des scandales pédophiles

Après les accusations contre des prêtres catholiques, plusieurs établissements scolaires sont à leur tour dans la tourmente. Les victimes dénoncent une «loi du silence»

Après l’Eglise, l’éducation nationale: la publication, vendredi, du rapport d’enquête sur un enseignant condamné pour pédophilie au Royaume-Uni et autorisé ensuite à exercer en France relance les accusations sur la «loi du silence» qui a trop souvent prévalu à ce sujet dans l’Hexagone.

Les dernières révélations sur des cas de mineurs abusés sexuellement concernaient des prêtres, notamment dans le diocèse de Lyon, où le cardinal-archevêque Philippe Barbarin est accusé de «non-assistance à personne en danger» par des associations de victimes. Or c’est au tour de l’école de se retrouver aujourd’hui dans le collimateur après la publication, vendredi, d’un rapport sur le maintien dans ses fonctions – jusqu’à sa suspension voici deux mois suite à sa mise en examen à la mi-février pour agression sexuelle sur un jeune de moins de 15 ans – d’un enseignant de l’académie de Versailles préalablement condamné par la justice britannique suite à des abus commis en 2006 lors d’un camp de vacances en Grande-Bretagne. L’intéressé, condamné à 15 mois d’emprisonnement outre-Manche, avait été à son retour dans l’Hexagone considéré comme apte à poursuivre ses activités. Le rapport publié dénonce de «graves erreurs d’appréciation». De quoi relancer la polémique sur le supposé laxisme des autorités françaises…

Pour couper court à de nouveaux scandales, la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, a promis que son administration ne laisserait désormais «plus rien passer». Elle a aussi répété les chiffres des mises à pied et des radiations d’enseignants soupçonnés d’actes pédophiles: 27 en 2015, 19 en 2014 et 26 en 2013 sur environ 850 000 intervenants pédagogiques, sachant que les faits incriminés ne se sont pas toujours déroulés en milieu scolaire.

61 enfants molestés

Mais pour les collectifs de familles de victimes, les interrogations demeurent, nourries par plusieurs scandales anciens et étouffés, comme celui survenu dans une école de Villefontaine, près de Grenoble. 61 enfants y auraient été molestés depuis le début des années 2000 par un directeur d’école qui, après son arrestation et son incarcération en 2015, s’est suicidé dans sa cellule de la prison de Lyon-Corbas en février. «Il y avait forcément quelqu’un qui était au courant, expliquait après le décès Marie Grimaud, une avocate des victimes. Lorsqu’il y a de graves soupçons, les enquêteurs font au moins le minimum: prendre contact avec les directions d’établissement. Au moins une personne dans ces écoles est au courant.»

Dans le cas des prêtres accusés de pédophilie comme dans celui des enseignants, la question posée est celle de l’attitude de la hiérarchie. Du côté clérical, les choses ont commencé à bouger. Si Mgr Barbarin continue d’affirmer qu’il «n’a jamais couvert le moindre acte de pédophilie» depuis son arrivée à la tête du diocèse de Lyon en 2002, d’autres évêques prennent les devants. En Guyane par exemple, un prêtre s’apprête à comparaître en correctionnelle suite au signalement de son supérieur, Mgr Emmanuel Lafont. Des cellules d’accueil ont aussi été mises en place dans plusieurs évêchés, dont celui d’Orléans.

L’influence des syndicats

Du coté de l’éducation nationale, le corporatisme et l’influence des syndicats sur les commissions de discipline sont dénoncés: la journaliste politique Sophie Coignard, auteure de Ça tiendra bien jusqu’en 2017 (Ed. Albin Michel), a dans le passé enquêté: «Peu de responsables, au ministère, s’indignaient ouvertement que des enseignants suspects s’en tirent avec de simples mutations successives, expliquait-elle alors. Les syndicats eux-mêmes n’étaient pas, loin s’en faut, à la pointe du combat. Le corporatisme était plus solide qu’une chape de plomb.»

Se retrouve posée la question de l’accès aux fichiers judiciaires (des «référents» sont désormais nommés pour cela dans les académies) et du contenu de ces derniers (le fichage automatique n’intervient qu’en cas de condamnation à une peine supérieure à 5 ans d’emprisonnement). Sans oublier celle, si délicate, du discernement: «Je crains une chasse aux sorcières, avait mis en garde, lors de l’affaire de Villefontaine, le président de la fédération des parents d’élèves. Si le silence est coupable, la prudence reste absolument indispensable.»

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