Editorial

La leçon de Copenhague

Inutile de se faire peur. Genève ne va pas perdre ses organisations internationales du jour au lendemain. La ville, avec sa concentration inégalée d’acteurs, possède toujours une bonne longueur d’avance sur la concurrence. Il n’y a qu’à traverser la rue pour rencontrer des experts ou des diplomates du monde entier. Un avantage qui n’a pas de prix.

Certes, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) délocalise des centaines d’emplois dans la Cité de l’ONU à Copenhague et à Budapest. Le CICR est dans la même logique. Mais ni l’un ni l’autre n’envisagent une seconde de s’installer ailleurs que dans ce qui est considéré comme la capitale humanitaire.

Qui reprochera au HCR, confronté à un nombre record de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale et qui peine à assurer une assistance minimale dans certains camps, de vouloir limiter les coûts de son siège? Personne, et pas même la Suisse.

C’est toute la difficulté de la défense de la place genevoise. Les organisations internationales ne se limitent pas aux retombées économiques pour les pays qui ont le privilège de les accueillir. Elles doivent d’abord être jugées sur leur action auprès des populations qu’elles sont censées aider.

La Suisse ne doit donc pas se tromper de combat. Il faut préserver la substance de la Genève internationale, stimuler la concertation à même de faire émerger une gouvernance mondiale, sans s’arc-bouter sur la défense du moindre emploi.

Plus préoccupante est la perte d’attractivité suisse à cause du franc fort et des incertitudes nées de la votation du 9 février sur l’embauche de main-d’œuvre étrangère. Le fait qu’un poste soit significativement moins cher à Copenhague, une ville pas vraiment bon marché, doit servir d’avertissement. Sous peine de lente érosion de la Genève internationale.

Il y a pourtant matière à économies même en restant à Genève. Un tour à Copenhague suffit à vous en convaincre. La Cité de l’ONU, soutenue à bout de bras par le gouvernement danois, héberge sous le même toit dix agences onusiennes qui mutualisent certains services. De quoi inspirer les organisations internationales, qui, ici, travaillent encore trop souvent en vase clos.