Monde

La leçon politique, vertueuse et rosse, de Fleur Pellerin

L'ancienne ministre de la Culture renonce à tous les privilèges de la fonction publique pour créer son entreprise en nouvelles technologies. Sa lettre de démission adressée à François Hollande ressemble à la chanson de Brassens, «une jolie fleur dans une peau de vache». 

C’est ce qui s’appelle une stratégie de rupture. Alors qu’il y aura bientôt autant de candidats à la présidentielle qu’il y a eu de médailles olympiques pour la France – ces primaires ressemblent de plus en plus à un décathlon sous amphétamines – une multidiplômée de la fonction publique annonce qu’elle quitte définitivement l’administration pour créer son entreprise.

Cette femme, c’est Fleur Pellerin, 43 ans, ancienne ministre de la Culture, brutalement limogée en février 2016 par un François Hollande qui lui disait «Va au spectacle et flatte!». Lundi, sur sa page Facebook, elle a posté sa lettre de démission, adressée au président de la République. Elle dit vouloir renoncer à ses fonctions de magistrate à la Cour des Comptes pour créer sa boîte. Selon les premières informations, il s’agirait d’une entreprise spécialisée en nouvelles technologies, Korelya, destinée à accompagner les investissements sud-coréens en France. Son passage remarqué en tant que ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Economie numérique, ainsi que ses origines – née et abandonnée à Séoul puis adoptée à l’âge de 6 mois – éclairent ce changement de cap.

Le coup de grâce

Mais revenons à sa lettre. Sa mise en ligne n’a pas pour seul but la transparence, elle se veut exemplaire de ce que devrait être un haut fonctionnaire, prêt à servir l’Etat plutôt que de s’en servir, conscient et respectueux du bien public, dont il n’a pas à profiter comme d’une rente à vie. Sans avoir l’air d’y toucher, elle dénonce les mœurs qui prévalent dans cette classe politique incapable de se renouveler et accrochée à ses privilèges: «J’ai bien conscience que cette nouvelle orientation professionnelle pourrait se concilier avec une position de disponibilité, qui m’assurerait, au moins pendant huit ans, de pouvoir retrouver mes fonctions à la Cour des comptes à tout moment.» Elle ajoute: «La force de cet engagement me semble incompatible avec le choix du confort, de la précaution et de la minimisation du risque dont un maintien en disponibilité serait, à mes yeux, synonyme.» Puis elle assène le coup de grâce: «J’ai par ailleurs, sans doute par déformation professionnelle, toujours eu le souci et le respect des deniers publics et, à cette charnière de ma vie, j’aime à penser que je ne fais pas supporter à la collectivité le prix de ma tranquillité dans une aventure entrepreneuriale qui est avant tout un choix et un défi personnels.»

Oublié l'épisode Modiano

Hormis le bémol de ‏@Bassounov qui parle de trafic d’influence en postulant que #FleurPellerin «crée une entreprise» pour monnayer son carnet d’adresses. Et celle d'@Europhobe qui estime qu’en favorisant les investissements coréens en France, elle brade le patriotisme économique, les réseaux sociaux ont accueilli la nouvelle avec reconnaissance. Les internautes parlent de courage, de classe, d’intégrité. Pour un peu, ils la voudraient candidate aux primaires… Ils y voient surtout un signe de santé comme @ericj92: «Si un peu plus de nos politiques passaient par la case entrepreneuriat, peut-être que notre pays irait mieux».

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Cette nouvelle orientation est perçue comme un retour à la vraie vie. A condition, comme ironise @Fabzefab7, «de ne pas ouvrir une librairie», on lui pardonne même ce qui fut considéré à l’époque comme la pire faute politique jamais commise par un ministre de la Culture: n'avoir jamais lu un livre de Patrick Modiano? Non - plusieurs sont dans ce cas - mais l'avouer publiquement et en l'assumant! 

Enfin, on notera l’effet de sidération qu’une telle annonce peut provoquer. Effet parfaitement exprimé par @KrysSpace: «C’est tellement rare en France que, quand ça arrive, ça fait un buzz énorme sur la Toile…

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