Depuis le séisme du 20 mai dernier qui, en pleine nuit, avait violemment frappé la région de l’Emilie-Romagne, causant 7 morts et laissant plus de 6000 personnes sans abri, la terre n’a cessé de trembler du côté de Modène et Ferrare. Plus de 410 secousses mineures avaient ainsi été enregistrées jusqu’à lundi soir. Mais mardi, sur le coup de 9h, c’est une réplique d’une magnitude de 5,8 sur l’échelle de Richter qui a fortement endommagé, sur le même territoire, les petites villes de Concordia, Mirandola et San Felice sul Panaro. Dans cette dernière bourgade, deux ouvriers et un ingénieur qui contrôlait les dégâts du précédent séisme ont été ensevelis sous les murs de leur usine.

Au total, la protection civile dressait hier soir un bilan provisoire de 15 morts, dont le curé de Rovereto di Novi, 7 disparus et 200 blessés. Huit mille nouvelles personnes sont sans domicile. Alors que le séisme a été ressenti jusqu’aux frontières autrichienne et française mais aussi à Venise, Milan et Pise, le riche patrimoine italien a également été touché. L’axe du clocher de la basilique palatine du palais Ducal de Mantoue a par exemple été déplacé.

Mais il n’y a pas que le secteur touristique qui risque d’être fortement pénalisé par le séisme. L’Emilie-Romagne et son réseau de petites et moyennes entreprises constituent l’un des poumons économiques de la Péninsule. Dès hier, les prestigieuses, comme Ferrari ou Ducati, ont prié leurs ouvriers de rentrer chez eux alors que les secousses continuaient de se manifester. Déjà, l’impact du 20 mai avait mis à terre une partie de l’économie locale. Dans la zone située à proximité de l’épicentre du séisme, une usine sur quatre a été entièrement ou partiellement détruite. Au total, plus de 5000 salariés ont été contraints au chômage technique. «Les dommages directs pour les entreprises ne sont pas inférieurs à plusieurs centaines de millions d’euros», avait évalué le patronat local. Selon le quotidien économique, Il Sole 24 Ore, le séisme du 20 mai aurait provoqué pas moins d’un demi-milliard d’euros de dégâts pour l’économie de la zone.

Le secteur agroalimentaire a en particulier été durement frappé. Appréciée pour sa tradition gastronomique, l’Emilie-Romagne est notamment la terre du vinaigre balsamique, du jambon de Parme, de la mortadelle ou encore du parmesan. Selon la fédération d’agriculteurs Coldiretti, le second séisme a fait monter la facture à 500 millions d’euros rien que pour le secteur agroalimentaire. Pas moins de 400 000 meules de fromages (Parmigiano Reggiano ou Grana Padano) ont été endommagées ou détruites par la catastrophe du 20 mai.

Soutien de Mario Monti

Face à cette situation d’urgence, le président du Conseil, Mario Monti, a proclamé l’état de catastrophe naturelle dès la semaine dernière, de manière à accélérer les procédures administratives pour la reconstruction et l’indemnisation des sinistrés. En visite dans la région pour témoigner sa solidarité aux victimes, celui-ci avait néanmoins été pris à partie par une dizaine de personnes lui reprochant d’être à l’origine d’une cure d’austérité et d’une hausse des impôts qui ont déjà ralenti le niveau d’activité. Hier matin, le chef du gouvernement était en réunion à Rome avec les autorités de la région Emilie-Romagne pour envisager d’autres mesures de soutien à l’économie locale lorsque la terre a de nouveau violemment tremblé. «L’Etat fera tout son possible dans des délais rapides, a assuré Mario Monti. Les citoyens doivent garder confiance.»

Reste que la région risque d’être en partie paralysée pendant plusieurs semaines. Car il va falloir, non seulement reconstruire les édifices publics et les usines touchés. Mais aussi effectuer un contrôle sérieux des bâtiments. «Les hangars devraient être fermés au moins pendant 15 jours, car ils ont été construits de manière inadéquate», s’est insurgé le sismologue Enzo Boschi. «Il n’est pas naturel que les bâtiments s’écroulent dès qu’il y a une secousse, a également commenté la ministre Elsa Fornero. A l’étranger cela ne se passe pas ainsi.»

Il y a trois ans, en raison notamment de constructions illégales ne respectant pas les normes antisismiques, le séisme de l’Aquila avait déjà fait plus de 300 morts. Cette fois, les autorités semblent décidées à contrôler toutes les usines avant de permettre le redémarrage de l’activité. D’autant que d’autres secousses ne sont pas exclues. A Ferrare, le dernier grand tremblement de terre remonte à 1570. Mais l’activité sismique dura plus de quatre ans, avec parfois 40 répliques par jour, certaines de forte intensité.