«Je viens d’apprendre que j’étais proposé pour la Légion d’honneur. Je refuse cette nomination car je ne pense pas que ce soit le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable», a déclaré M. Piketty, ajoutant: «Ils feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe.»

L’économiste figure dans la «promotion du 1er janvier» de la Légion d’honneur, publiée au Journal Officiel, nommé au rang de chevalier, aux côtés d’un autre économiste, le Prix Nobel Jean Tirole, qui est lui fait officier.

Le refus de M. Piketty intervient alors que son ouvrage, qui entend démontrer la tendance spontanée à une toujours plus grande concentration de la richesse entre quelques mains, s’est vendu à 1,5 million d’exemplaires.

Traduit en plusieurs langues, l’ouvrage est en particulier un phénomène d’édition aux Etats-Unis, où M. Piketty a été reçu par des conseillers du président Barack Obama.

L’accueil réservé au livre a été plus tiède en France, notamment de la part du gouvernement, malgré de très fortes ventes.

M. Piketty, un temps proche du Parti socialiste, critique régulièrement la politique menée par le président François Hollande. Il regrette, entre autres, que ce dernier ait enterré sa promesse de campagne d’une profonde réforme fiscale, dans le sens d’une plus grande progressivité de l’impôt, un projet ardemment défendu par l’économiste.

La réaction officielle du secrétariat d’Etat chargé de l’enseignement supérieur

Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat qui a proposé le nom de Thomas Piketty pour la Légion d’honneur, a «pris acte» de son refus et salué «l’excellence» de son travail, dans une réaction transmise jeudi à l’AFP.

En proposant à la grande Chancellerie la distinction de chevalier de la Légion d’Honneur, la secrétaire d’Etat avait souhaité «rendre hommage au travail de recherche d’excellence mené par Thomas Piketty au sein de l’école d’économie de Paris».

«Ce travail qui bénéficie d’une renommée internationale méritait d’être distingué par la République française», a-t-elle ajouté.

L’économiste avait «la liberté d’accepter ou non cette distinction» et «il a choisi de la refuser, ce dont nous prenons acte», a réagi Geneviève Fioraso, soulignant que «l’excellence et la visibilité de son travail demeurent».

«Thomas Piketty n’a pas été prévenu avant la publication au Journal Officiel» jeudi, a souligné la rue de Grenelle.