La poussée populiste: elle s’était vérifiée aux Pays-Bas (25 sièges) dès jeudi, avec le score historique du Parti de la liberté de Geert Wilders, arrivé en seconde position devant les travaillistes. Elle s’est confirmée les jours suivants. En Belgique (22 sièges), l’ancien entraîneur national de judo Jean-Marie Dedecker obtient 10% des voix et démontre que sa formation, qui revendique la proximité avec les citoyens, talonne en Flandre l’extrême droite du Vlaams Belang, elle en net recul. Autre exemple de parti dopé par la forte personnalité de son leader: le GERB Bulgare, emmené par le maire de Sofia, Boïko Borissov, ancien champion d’arts martiaux lui aussi. Sa formation arrive en tête du scrutin avec 25% des voix.

Un vote peu sécurisant: le seul qui pourra bien dormir, ces jours-ci, sera sans doute le président sortant de la Commission européenne, l’ancien premier ministre conservateur portugais José Manuel Barroso. Soutenu par le PPE (conservateur), ce dernier paraît assuré de décrocher, lors du sommet européen des 18 et 19 juin prochain, le soutien d’une majorité d’Etats membres, à commencer par celui de la France et de l’Allemagne, compte tenu des bons résultats obtenus par les camps respectifs de M. Sarkozy et de Mme Merkel. Plusieurs leaders socialistes, dont le premier ministre espagnol Zapatero, l’ont aussi adoubé. Le maintien d’une majorité de droite au parlement assure donc, a priori, un votre tranquille à M. Barroso lors de la première session de l’assemblée nouvellement élue, le 14 juillet à Strasbourg.

Moins assuré en revanche est l’avenir institutionnel de l’UE. Le Traité de Lisbonne, accepté à ce jour par vingt-six des vingt-sept Etats membres, est toujours suspendu à la volonté des électeurs irlandais. Le sommet européen des 18 et 19 juin devrait d’ailleurs, pour cela, accorder à l’Irlande des «garanties juridiques» afin que le gouvernement de Dublin organise, comme il l’a promis, un second référendum, sans doute en septembre. Problème: si les partisans du «oui» semblent désormais majoritaires en Irlande – 54% selon les sondages –, d’autres nuages se font jour. Les conservateurs britanniques, qui ont promis un référendum s’ils parviennent au pouvoir à Londres, sont au cœur de l’inquiétude ambiante.

Des leçons nationales: la Suisse peut se réjouir. Son allié luxembourgeois reste en place. Reconduit comme premier parti du pays avec 40%, le Parti social-chrétien du premier ministre sortant du Grand-Duché, Jean-Claude Juncker, sera de nouveau aux commandes. Et ce dernier devrait rempiler, même s’il paraît prêt à concéder davantage à son dauphin, le ministre du Trésor, Luc Frieden, bien connu à Berne. La seule incertitude, à propos de M. Juncker, porte sur son rôle au sein de l’Eurogroupe.

L’autre leçon porte sur l’impact électoral de la crise économique. Partout le scrutin européen a été, comme toujours, l’otage des jeux politiques nationaux. L’Union européenne s’est donc retrouvée dans les urnes telle qu’elle est lors des réunions de chefs d’Etat et de gouvernement: une communauté d’intérêts d’accord en théorie pour agir ensemble, mais tributaire des enjeux nationaux.