La campagne du référendum pour rester ou sortir de l’Union européenne prend une étrange tournure politique au Royaume-Uni. Alors que la décision que Britanniques doivent prendre le 23 juin par référendum est historique, seul un petit pan de l’échiquier électoral semble en découdre: les conservateurs, qui transforment le débat en querelles internes plein d’animosité.

Le débat au sein des Tories est très dur, plus encore que prévu. Vendredi, Iain Duncan Smith, ministre des Affaires sociales et l’un des plus vifs partisans du Brexit («British exit»), s’est lancé dans une attaque au vitriol contre le premier ministre David Cameron. Il dénonce les «calomnies» de ceux qui veulent rester dans l’UE. «L’acrimonie avec laquelle tout cela est mené me trouble, et je crains des conséquences au-delà du 23 juin.» Sous-entendu, les deux camps risquent d’avoir du mal à retravailler ensemble après le référendum.

Face à eux, les travaillistes évitent au maximum le sujet européen. Dans leur immense majorité, ils veulent rester au sein des Vingt-Huit, mais aucun ne veut s’associer de trop près à David Cameron. Surtout, ils ne veulent pas paraître trop pro-européens: ils sont conscients que la grande majorité des Britanniques est eurosceptique, certains préférant malgré tout rester dans l’UE au nom de l’intérêt général, d’autres préférant quitter ces «Etats-Unis d’Europe».

Dans cette bataille, un étrange vent d’air frais venant du nord a soufflé cette semaine avec l’intervention dans le débat de Nicola Sturgeon. La première ministre d’Ecosse est venue à Londres lundi avec un message extrêmement positif en faveur de l’UE. Tranchant par rapport au débat interne du Parti conservateur, loin du calcul détaillé des avantages économiques de faire partie du club ou non, elle a fait part de «sa passion» pour rester au sein des Vingt-Huit.

«Il est impossible de ne pas être inspiré par la détermination des fondateurs de l’UE – pas seulement pour éviter la guerre, mais pour travailler ensemble afin de construire quelque chose, déclare la dirigeante écossaise. Et il est impossible de ne pas être impressionné par l’étendue de leur réussite: liberté de commerce, liberté de mouvements, protections environnementales, protection des employés… […] Des centaines de millions de personnes sont plus riches, en meilleure santé, plus heureuses et plus libres. Il y a quelque chose de profondément noble à voir vingt-huit démocraties souveraines choisir de promouvoir ensemble la paix et la prospérité mutuelle.»

Si Nicola Sturgeon peut se permettre ce discours à faire rougir de bonheur un eurocrate, c’est parce que les Ecossais n’ont pas du tout le même rapport à l’UE que les Anglais. Les sondages donnent régulièrement 70% de soutien pour rester au sein des Vingt-Huit, là où l’Angleterre oscille autour de 50%.

Forte de cette différence, Nicola Sturgeon, qui dirige le Parti indépendantiste écossais (Scottish National Party), met en garde contre un Brexit qui se déroulerait contre la volonté de ses compatriotes. «Si l’Ecosse votait pour rester dans l’UE et que le reste du Royaume-Uni votait pour partir, […] il y aurait une vraie possibilité que cela mène à un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.»

Nicola Sturgeon s’empresse d’ajouter qu’elle ne souhaite pas un tel scénario. Mais elle fait néanmoins planer le danger d’une implosion du Royaume-Uni qui suivrait un éventuel Brexit. L’Angleterre retrouverait alors plus ou moins ses frontières du XVIIe siècle…

Ce scénario est cependant loin d’être acquis. D’abord, les Ecossais ne sont pas aussi euro-enthousiastes que Nicola Sturgeon ne le laisse penser. S’ils sont beaucoup moins à souhaiter un Brexit par rapport aux Anglais, la même proportion (43%) souhaite rapatrier des pouvoirs de Bruxelles. Ensuite, il n’est pas dit que le SNP souhaite se lancer dans un deuxième référendum pour l’indépendance de l’Ecosse: depuis leur défaite en septembre 2014, le soutien à leur cause n’a pas changé et reste légèrement minoritaire.