Quel que soit son état, le nouvel Irak n'aura pas à assumer les dettes des années Saddam. La décision prise ce week-end par les 19 pays du Club de Paris – qui représente les créanciers occidentaux, plus la Russie et le Japon – d'annuler à terme 80% de la dette irakienne à son égard est une victoire de taille pour le premier ministre Iyad Allaoui. Alors que son gouvernement vient de confirmer la tenue des élections générales le 30 janvier 2005, l'homme fort de Bagdad a besoin d'arguments pour mener campagne. Or, la réduction de la dette envers le Club de Paris (qui sera ramenée de 40 milliards de dollars à 7,8 milliards dans trois ans si les conditions posées sont respectées) a une forte portée politique.

Les Etats-Unis, qui ont imposé Allaoui à la tête du pays, réclamaient une annulation à hauteur de 95%. En face, le camp des «récalcitrants» emmené par la France, l'Allemagne et la Russie refusait d'aller au-delà de 50% en arguant du fait que la situation de l'Irak, détenteur des deuxièmes réserves mondiales de pétrole, n'est pas comparable à celle des pays pauvres d'Afrique noire. Le fait que ces derniers aient finalement plié est donc de bon augure pour l'administration intérimaire irakienne, à la recherche effrénée d'une légitimité internationale. Le calendrier est aussi parfait puisque la décision d'annulation du Club de Paris est intervenue la veille de l'ouverture de la conférence de Charm el-Cheikh (lire encadré), où la question de la reconstruction, et du futur retrait des troupes étrangères d'Irak, est au menu des débats.

La question de la dette extérieure irakienne ne se limite pas toutefois aux 40 milliards du Club de Paris. Bagdad doit toujours 60 milliards à d'autres créanciers comme l'Arabie saoudite, et de 20 à 30 milliards à des créanciers privés. Sauf que l'on voit mal, désormais, ces derniers exigeant un dû sur lequel les grandes puissances ont accepté de tirer un trait.

Autre victoire pour le gouvernement irakien: l'échelonnement de l'annulation sur trois ans et en trois phases impose aux créanciers de participer à l'effort de reconstruction du pays s'ils veulent espérer être remboursés des 20% restants. Or vu l'état des forces politiques en Irak, le gouvernement Allaoui semble le mieux à même d'y parvenir. Il paraît plus crédible, en tout cas, que l'alliance en train de se dessiner entre les éléments chiites dissidents que forment d'un côté, les milices du jeune chef religieux radical Moqtada al-Sadr et de l'autre, les fidèles de l'ex-opposant en exil Ahmed Chalabi, hier protégé de Washington et aujourd'hui en froid avec l'administration Bush.

Dernière retombée politique de ce compromis avec le Club de Paris: la pression pèse désormais sur les autres créanciers de l'Irak. Refuser une annulation de créance similaire devient pour eux tout simplement impensable. Le gouvernement Allaoui devrait aussi utiliser cette carte pour rassurer les milieux d'affaires irakiens et les très puissants bureaucrates du Ministère du pétrole. Ces derniers ne cachaient pas leur refus de voir les devises tirées de l'or noir partir en remboursements à l'étranger alors que l'Irak, exsangue, a besoin de tout ou presque.