Comme un écho au dessin de Plantu en une du Monde ce matin – où l’on voit Hollande, Ayrault et Marianne, précédés d’un huissier qui clame «La transparence!», arriver à poil en conférence de presse – la Tribune de Genève, dans son éditorial, prétend qu’«on veut voir le roi nu», mieux: elle parle, dans une jolie image, de «mode naturiste» qui aurait bien peu de chances de gagner les élus du bout du lac, avec leur «pantalon remonté jusque sous les aisselles».

Pourtant, pour Libération, on assiste ici à «la fin d’un tabou» avec cette «nécessaire moralisation de la vie publique» qui «méritait mieux qu’une mesure impulsive, inefficace, peut-être toxique et à coup sûr irréversible». Même si ces nouvelles règles de transparence ne devraient pas forcément permettre «d’éviter une future affaire Cahuzac». Parce que sur le fond, il y a «confusion entre la richesse et la malhonnêteté. Comme si tous ces secrets patrimoniaux, enfin sur la place publique, «cachaient quelque chose» en étant indûment soustraits à la connaissance du public.»

«Pas une partie de plaisir»

Le Figaro, de son côté, fait évidemment partie de ceux qui pensent que «Hollande voulait frapper un grand coup» et souligne que «les députés PS se chargent eux-mêmes de lui dire que la transparence totale est dangereuse». Pour résoudre ce que Courrier international appelle «un débat sans fin», il y aurait mieux à faire, selon La République des Pyrénées. Par exemple, «il serait plus pertinent de pouvoir évaluer avec rigueur les évolutions de patrimoine en rapport avec les mandats électifs et politiques successifs tout au long d’une carrière». Ce que François Hollande a proposé dans un contexte où ce n’est «pas une partie de plaisir que d’être ministre d’un gouvernement impopulaire».

Mais pour l’heure, cette banale exposition «à la curiosité publique, […] on peut craindre qu’elle sera d’autant plus acrimonieuse que le ressentiment politique est élevé». Une «belle opération de masochisme» qui frise «le non-sens». Car si Cahuzac «avait été astreint à l’exercice de transparence auquel ont dû sacrifier ses anciens collègues, il est peu probable qu’il aurait signalé son compte suisse dans la case des avoirs à l’étranger». Cela, «personne ne le conteste», rappellent Les Echos, regrettant que l’opération «sollicite les instincts les moins glorieux enfouis en chaque Français», qu’elle punisse «des dizaines d’élus du mensonge d’un seul» et «donne aux électeurs, dans une démocratie malade, de nouvelles raisons – l’argent – de se sentir loin de leur personnel politique».

Un fond de suspicion

Alors, «maintenant que tout le monde sait que le gouvernement compte huit ministres «millionnaires», l’ambiance sera-t-elle meilleure, et la compréhension plus grande entre le pays et ses dirigeants?» s’inquiète Sud-Ouest. «Peu importe que ces «millions» aient été acquis honnêtement, qu’ils soient le fruit d’héritages ou d’une longue épargne, qu’aucun ministre ne s’enrichisse dans l’exercice de ses fonctions (ce qui est tout de même l’essentiel), il restera toujours un fond de suspicion envers les gouvernants, surtout s’ils sont de gauche, dans un pays où près de 80% de la population active gagne moins de 1,7 fois le SMIC», ajoute-t-il.

La transparence «n’implique pas ce pitoyable déballage qui n’aidera pas à expliquer la rigueur aux contribuables ou aux chômeurs», renchérit Ouest-France. Qui prend pour exemple le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, lequel espère que «la publication du patrimoine du gouvernement calmera les esprits». «Arrêtons ce système qui aujourd’hui introduit partout la suspicion…» dit-il. Les télévisions en ont d’ailleurs «fait leurs choux gras» lundi soir: le ministre «a déclaré jusqu’à sa vieille moto, achetée en 2001 et estimée aujourd’hui à 300 €. Celle qui lui permet, avec ses copains, d’aller sillonner les routes sarthoises quand il le peut.

Détachés comme François (le pape)

»Mieux: la Clio qu’il utilise chaque week-end au Mans est née en 1994! Et ne vaut plus rien, évidemment. Lui non plus ne participe pas au redressement de l’industrie automobile française…» D’ailleurs, si plusieurs politiques se sont lancés dans une course à celui qui sera le plus transparent, écrit le journal suédois Dagens Nyheter cité par Courrier int’, «aucun politique ne s’est vanté, jusqu’à maintenant, d’être le propriétaire d’une voiture haut de gamme. Ils cherchent tous à se montrer aussi détachés des biens terrestres que le nouveau pape François.»

La Montagne, elle, s’amuse de voir que l’exercice «pourrait bien contraindre la gauche à réviser son discours de diabolisation des riches et son rapport schizophrénique à l’argent. Il n’était que de voir l’embarras de certains, hier, pour justifier leur fortune.» Et L’Alsace juge que «la révolution de cristal élyséenne pourrait générer des attaques contre les ministres «friqués». Comparaison audacieuse, «François Hollande, en voulant faire du sarkozysme à la va-vite, a commis une erreur en érigeant la richesse comme valeur sale», regrette de son côté Midi libre.

Un défi, une vacherie

Alors qu’il reste tant à faire… La Charente libre énumère: «Jeter les bases d’une vraie politique de modernisation de la vie publique, mettre un terme au cumul des mandats pour renouveler le personnel politique, lutter contre la corruption, les conflits d’intérêts et le lobbying. Un beau challenge pour une gauche bien empêtrée dans ses mensonges et une belle vacherie pour l’opposition de droite quand l’alternance viendra et qu’il faudra passer l’épreuve.»