Maintenant que le Brexit a été voté par les Britanniques, à quoi sert le UKIP (United Kingdom Independence Party)? Le parti britannique, créé dans les années 1990 dans le seul but de faire sortir le pays de l’Union européenne (UE), traverse une crise existentielle depuis que sa cause a triomphé. Sa raison d’être a disparu. Les électeurs l’ont donc logiquement sanctionné dans les urnes lors des élections locales qui se déroulaient jeudi.

Le scrutin, qui avait lieu en Ecosse, au pays de Galles et dans un quart de l’Angleterre, a causé une hécatombe dans ce parti qui était au centre de toutes les attentions il y a juste un an. Le UKIP était en passe vendredi soir de perdre l’intégralité de ses 145 conseillers municipaux sortants (140 avaient perdu, et le résultat de cinq sièges restait à dépouiller), pour ne gagner qu’un seul siège.

Les conservateurs, grands gagnants

Les grands bénéficiaires sont les conservateurs, qui gagnent de leur côté plus de 540 conseillers municipaux. Les travaillistes subissent de leur côté une lourde défaite, perdant 370 sièges environ.

La première ministre Theresa May, qui a opté pour un ton dur avec Bruxelles et une rupture nette avec l’UE, semble avoir convaincu la plupart des électeurs qui étaient favorables au Brexit. Peter Whittle, le numéro 2 du UKIP, le reconnaît. «Les électeurs UKIP ont voté pour les tories, parce que Theresa May traverse une longue lune de miel.»

«Le Parti conservateur est devenu le UKIP»

Alex Salmond, l’un des ténors des indépendantistes écossais, retourne l’argument, estimant que les conservateurs sont en train de devenir un parti extrémiste. «Le Parti conservateur a éliminé le UKIP parce qu’il est devenu le UKIP. Les propos extrêmes que Theresa May a tenus devant Downing Street (accusant les Européens de chercher à influencer les élections) auraient pu être prononcés par Nigel Farage.»

L’ombre de l’ancien leader du parti plane au-dessus de ces élections. Cofondateur du UKIP, à sa tête presque sans discontinuer à partir de 2006, le bateleur s’est longtemps imposé comme le visage presque unique du parti. Son bagout, ses dérapages plus ou moins contrôlés, sa dextérité dans le débat ont fait de lui une figure incontournable. C’est lui aussi qui a transformé le parti anti-européen à tendance libertaire en un groupe d’extrême droite, plaçant la lutte contre l’immigration au centre de son programme.

Nouveau leader quasi inaudible

Après le référendum pour sortir de l’UE, l’homme a décidé de céder sa place, préférant devenir animateur controversé de talk-shows (tout en restant député européen). Le problème est que jamais il n’avait laissé quiconque lui faire de l’ombre et que personne de connu n’a pour l’instant été en mesure de s’imposer. Le nouveau leader, Paul Nuttall, est presque inaudible. Il tente de porter de nouveaux thèmes de campagne, se concentrant notamment sur la lutte contre l’islamisme. Il a récemment demandé l’interdiction de la burqa, dans une indifférence presque générale.

Désormais, la structure du UKIP se désintègre. Son seul député, Douglas Carswell, a quitté le parti. Son principal financier, l’assureur Arron Banks, a mis fin à ses dons. Ce vendredi, il accusait Paul Nuttall d’incompétence: «Il est sorti de la route au premier virage, fonçant dans la foule, tuant le chauffeur et les spectateurs.»

Les dirigeants du parti se raccrochent à l’espoir qu’il s’agit d’un simple trou d’air. «Quand les gens se rendront compte que Theresa May est en train de reculer sur le Brexit, ils reviendront vers nous», estime Peter Whittle. Rien, pour l’instant, ne semble l’indiquer.