La Lega à l’assaut de la droite berlusconienne

Italie Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue du Nord, fait le plein des intentions de vote

Il est le politique le plus populaire après Matteo Renzi

La Ligue du Nord se hisse au niveau des principaux partis italiens. La formation d’extrême droite recueille près de 11% des intentions de vote, selon un sondage publié dimanche dans le quotidien La Repubblica. Soit un score trois fois plus élevé que le résultat des dernières élections nationales, début 2013, et deux fois plus élevé qu’aux européennes de mai dernier. La Lega Nord talonne désormais le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, que les enquêtes d’opinion placent toujours autour des 15%, et «ne montre aucun signe de ralentissement», observe le journal.

A la tête de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, l’homme politique le plus populaire d’Italie après le président du Conseil Matteo Renzi. Il enregistre 28% d’opinions favorables, juste derrière les 54% du chef du gouvernement. Fort de ses résultats, il veut s’émanciper de Silvio Berlusconi, avec qui le parti se voyait contraint de s’allier à chaque scrutin.

Le Cavaliere est maintenant considéré comme un politicien d’un autre temps et l’ambition affichée du dirigeant de 41 ans de la Lega est de «prendre le centre droit». Il souhaite réussir là où Silvio Berlusconi a échoué: «reconstruire» une droite italienne divisée, dont le contrôle a échappé au magnat des médias.

Le changement opéré par Matteo Salvini est profond et en totale rupture avec l’histoire du parti. Ses visées sont aujourd’hui nationales alors qu’elles étaient régionales et indépendantistes sous les précédentes directions. Mais si le nom complet de la formation est toujours «Ligue du Nord pour l’indépendance de la Padanie», cette région du nord de la Péninsule comprenant Piémont, Lombardie, Emilie-Romagne et Vénétie, elle ne fait plus référence à la question. Elle est par exemple restée silencieuse sur les référendums écossais et catalan.

Le parti devra donc «changer de nom», prédit Ilvo Diamanti, professeur en sciences politiques à l’Université d’Urbino et auteur de plusieurs ouvrages sur la Lega. L’enracinement dans le Sud passera en effet par un mouvement encore non défini que la presse transalpine a baptisé la «Ligue du Sud». En Sicile, des scores de plus de 30% ont déjà été atteints lors des élections européennes il y a six mois.

Matteo Salvini représente la «vraie droite nationale», poursuit le politologue: anti-euro, anti-immigration, réussissant à «intercepter les peurs de la population». Ou plutôt «ligue nationale», s’amuse le chercheur, pour faire écho au Front national de Marine Le Pen avec qui la Ligue du Nord s’est alliée. Le discours de l’Italien ressemble beaucoup à celui de la formation française. Il rejette «cette Europe de la gauche» qu’il définit comme une «Union soviétique». Il souhaite retrouver une souveraineté nationale et monétaire perdue.

Né à Milan en 1973, divorcé et père de deux enfants, Matteo Salvini, journaliste de profession, s’inscrit à la Ligue du Nord en 1990. Le parti est alors dirigé par le fondateur et secrétaire historique Umberto Bossi. Le jeune Lombard devient conseiller communal à Milan et, depuis 2009, député européen. Il se présente comme un supporter «fanatique» du Milan AC et un «passionné de politique» travaillant «jusqu’à 16 heures par jour, malgré l’agacement de [sa] compagne et de [ses] enfants».

Ses positions anti-Europe et anti-immigration clandestine lui permettent de réunir des dizaines de milliers de personnes, comme à Milan en octobre. Dans toutes les manifestations, il arbore volontiers un t-shirt «Stop invasion». Mais sur son site Internet, il revêt jeans et chemises claires, manches retroussées. Les cheveux noirs coupés courts, seule une fine barbe bien taillée permet de le différencier de Matteo Renzi.

Matteo Salvini est l’alter ego de droite du dirigeant florentin. Les deux Matteo ont pris les rênes de leurs partis respectifs le même jour, en novembre 2013. Pour y arriver, les deux quadragénaires ont opéré une rupture avec le passé. Omniprésents dans les médias et sur les réseaux sociaux, ils personnalisent à outrance leur formation. Pour les régions où la Ligue du Nord n’est pas encore installée, Matteo Salvini n’a pas exclu de créer une formation politique «centrée sur [sa] personne». Il défie ainsi sur son propre terrain le très populaire Matteo Renzi.

Il souhaite réussir là où Silvio Berlusconi

a échoué: «reconstruire» une droite italienne divisée