Quarante-trois ans après l'Italie voisine, la petite république de Saint-Marin a approuvé dimanche, au cours d'un référendum, à une très large majorité la légalisation de l'avortement, un tournant historique pour ce micro-Etat à forte tradition catholique.

Cette minuscule enclave montagneuse dans le centre du territoire italien était l'un des derniers Etats d'Europe - avec Malte, l'Andorre et le Vatican - à entièrement interdire l'interruption volontaire de grossesse (IVG), même en cas de viol, d'inceste, de maladie du foetus ou de danger pour la mère.

Lire aussi: Saint-Marin, petit Etat au catholicisme étroit, s’apprête à voter sur un avortement facilité

A ce référendum organisé à l'initiative de l'Union des femmes saint-marinaises (UDS), 77,28% des votants ont dit «oui» à l'option de donner aux femmes le libre choix d'avoir recours à l'IVG jusqu'à douze semaines de grossesse, selon les résultats définitifs. Après ce délai, l'avortement ne serait autorisé qu'en cas de menace pour la vie de la mère ou lorsque des anomalies ou des malformations détectées chez le foetus «comportent un grave risque pour la santé physique ou psychique de la femme».

Un crime passible d'une peine de prison

Saint-Marin suit ainsi l'exemple de l'Irlande qui a légalisé l'avortement en 2018. Un autre bastion de l'opposition à la légalisation de l'IVG, Gibraltar, avait assoupli sa législation après un référendum en juin.

«C'est une victoire claire et nette, on attend désormais une loi à la hauteur des résultats», s'est félicitée Vanessa Muratori, une militante de l'UDS.

«On respecte la démocratie, on prend acte de ce résultat, mais l'avortement doit vraiment rester l'ultime option», a réagi Antonella Mularoni, du comité contre la légalisation de l'IVG, reconnaissant la défaite de son camp.

Actuellement, l'avortement est un crime passible d'une peine de prison allant jusqu'à trois ans pour la femme et six ans pour le médecin qui le pratique. Mais, dans les faits, il n'y a jamais eu de condamnations car les Saint-Marinaises se rendent en Italie pour avorter, contournant ainsi la loi.

Des dissensions au sein du PDCS

Les résistances à la légalisation de l'avortement étaient fortes, à commencer par celle du Parti démocrate-chrétien (PDCS) au pouvoir, qui avait appelé à voter «non» pour «défendre le droit à la vie». Ces opposants avaient été confortés dans leur refus par le pape François qui a exprimé à dix jours du référendum une nouvelle fois son horreur de l'avortement, qu'il a assimilé à «un meurtre».

Si les consignes de vote du PDCS, qui dispose d'un peu plus d'un tiers des députés au Parlement, étaient claires, ce sujet de société transcende les traditionnels clivages politiques et de nombreux croyants étaient en faveur du libre choix.

«Au sein du Parlement, il y a des membres des partis progressistes qui sont contre l'avortement et des députés de la droite qui sont pour, notamment en cas de viol ou de malformation du foetus», avait constaté avant le vote Manuel Ciavatta, le secrétaire adjoint du PDCS. «Je dirais qu'environ 50% des 60 députés sont pour et 50% contre», a-t-il déclaré à l'AFP, avant d'assurer que son parti «respectera la voix des électeurs».

Lire encore: La quasi-interdiction de l'avortement entre en vigueur en Pologne

La balle est désormais dans le camp du Parlement, qui devra voter une loi conforme à l'issue du référendum.

Le recours limité des Saint-Marinaises à l'avortement

La victoire du «oui» constitue un changement radical pour Saint-Marin, car l'interdiction de l'IVG date de 1865 et a été confirmée sous le régime fasciste (1923 à 1943) et par le code pénal de 1974.

A en croire les chiffres de l'Institut des statistiques de l'Italie (Istat), cités par le comité opposé à l'avortement, le recours des Saint-Marinaises à l'IVG a été cependant assez limité. Entre 2005 et 2019, une vingtaine d'entre elles l'ont pratiqué chaque année en Italie et la tendance a nettement diminué en 2018 (12) et 2019 (sept).