Un lieu chargé de l’histoire des Noirs

A Charleston, c’est l’un des lieux les plus symboliques de l’histoire tortueuse des Etats-Unis. L’église Emanuel, où étaient réunis un groupe de fidèles mercredi soir, est un condensé de la lutte des Afro-Américains outre-Atlantique.

Symbole de liberté et de résilience, l’Emanuel African Methodist Church, dotée d’un clocher gothique et d’un orgue importé d’Europe voici plus d’un siècle, fut fondée en 1818, en pleine époque de l’esclavage, à l’initiative de Morris Brown. Ce pasteur afro-américain décida de créer sa propre congrégation, lassé par le racisme qui faisait rage au sein de l’Eglise méthodiste, dominée par les Blancs. Les trois quarts de la communauté noire le suivirent. Selon la chaîne PBS, à l’époque, les habitants blancs de Charleston ne cessaient de perturber le service religieux et arrêtaient même des fidèles.

En 1822, des Blancs boutèrent le feu à l’église. Motif: membre de l’église Emanuel, Denmark Vesey avait fomenté l’une des plus célèbres révoltes d’esclaves du pays, mais échoua. Une trentaine de participants à la rébellion furent exécutés et soixante autres furent bannis de Charleston. L’église fut reconstruite. Mais à partir de 1934, les autorités de Charleston interdirent les églises noires. Les fidèles afro-américains continuèrent leur service religieux de façon secrète dans le cadre du réseau Underground Railroad. L’église a pu reprendre ses activités normales après la guerre de Sécession.

Plus tard, l’église Emanuel est devenue un lieu central du mouvement des droits civiques. En 1962, Martin Luther King y a tenu un discours mémorable sur le droit de vote. Aujourd’hui, l’église reste un lieu de culte très prisé de la communauté afro-américaine de Charleston, ouvert à tous.