Les évèques de France auront bien du mal, lors de leur assemblée annuelle à Lourdes qui s’ouvre ce samedi, à débattre d’un autre sujet. A la veille de cette importante réunion ecclésiastique, la sanction infligée vendredi par l’Archevéché de Lyon à un prêtre du diocèse de Valence, Pierre Vignon, pose de nouveau la question de «l’omerta» qui prévaut autour des accusations de pédophilie dans l’Eglise de France.

L’intéressé, qualifié de «lanceur d’alerte» par la presse, avait accepté de soutenir la pétition lancée en septembre sur change.org pour réclamer la démission du cardinal Barbarin, archevèque de Lyon, poursuivi avec six autres prévenus pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs commises par un prêtre lyonnais. Le procès du prélat devrait avoir lieu en janvier 2019. Prêtre et juge au tribunal ecclésiastique – la fonction qui vient de lui être retirée –, Pierre Vignon s’était solidarisé avec l’association La parole libérée qui regroupe d’anciennes victimes d’actes pédophiles. Leur pétition adressée au pape François dépasse aujourd’hui les 105 000 signatures.

«Ce jugement doit être un électrochoc»

L’assemblée des évèques intervient quelques jours après le suicide d’un prêtre du diocèse d’Orléans, le Père Pierre-Yves Fumery, âgé de 38 ans, retrouvé pendu samedi 27 octobre. Ce dernier, responsable de l’aumônerie des jeunes, était visé depuis le 21 septembre par une enquête préliminaire pour «suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans». Le diocèse d’Orléans est dans le collimateur de la justice puisque celle-ci rendra le 22 novembre son jugement dans le procès de l’abbé Pierre de Castelet, accusé d’atteintes sexuelles sur mineurs en 1993, et de l’ancien évêque de la ville, Mgr André Fort, pour non-dénonciation. Trois ans, dont 6 mois avec sursis, ont été requis contre le prêtre accusé d’attouchement sur des garçons adolescents à l’issue d’un procès achevé mardi. «Ce jugement doit être un électrochoc», a réclamé le procureur.

Le climat politique autour du silence de l’Eglise sur la pédophilie s’est détérioré après les décisions consécutives de l’Assemblée nationale et du Sénat de refuser d’ouvrir une commission d’enquête sur ce sujet, comme l’a demandé le 30 septembre l’hebdomadaire Témoignage chrétien. L’un des initiateurs de cette demande est l’avocat Jean-Pierre Mignard, proche de l’ancien président François Hollande, mais des personnalités de droite comme l’ancienne ministre Roselyne Bachelot ont aussi signé ce texte.