Les évêques de France ont voté samedi en faveur d'une «somme forfaitaire» pour les victimes d'agressions sexuelles commises par des prêtres lorsqu'elles étaient mineures, un dispositif dont les modalités précises - montant, fonds de dotation - seront fixées en avril.

Réunis à Lourdes (sud-ouest), les quelque 120 évêques ont voté «très largement», ce dispositif destiné à la «reconnaissance de la souffrance» des victimes et qui passe par «une somme d'argent unique et forfaitaire», a annoncé à la presse le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Eric de Moulins-Beaufort. Ce n'est «ni une indemnisation qui dépend de la justice de notre pays ou de la justice canonique, ni une réparation», a-t-il expliqué. Son montant sera proposé aux évêques lors de leur prochaine rencontre à Lourdes en avril. Différentes procédures d'indemnisation mises en place par l'Eglise - ou à son initiative - existent en Belgique ou en Suisse.

Financement auprès des évêques, des prêtre coupables et des fidèles

Les victimes d'agressions concernées sont celles pour lesquelles les faits sont prescrits. Pour celles dont les dossiers judiciaires sont encore en cours, le versement interviendra après. Le fonds de dotation sera alimenté par un financement «auprès des évêques, des prêtres coupables quand ils sont vivants, et des fidèles qui voudront bien venir nous aider», a-t-il souligné, «mais cela ne peut être qu'une démarche volontaire des fidèles», selon le président de la CEF.

La responsabilité de l'Eglise pas formellement engagée

Les mesures de réparation financière sont très attendues par les victimes, surtout quand les faits sont prescrits. Jeudi, à Lourdes, quatre d'entre elles avaient mis en garde contre un acte financier qui ne reconnaîtrait pas «la responsabilité de l'Eglise», un point essentiel à leurs yeux.

Ce mot n'a pas été prononcé par Eric de Moulins-Beaufort, mais il a souligné que les victimes avaient aussi souffert «du silence, de la négligence, de l'indifférence, de l'absence de réaction, ou de mauvaises décisions ou des dysfonctionnements au sein de l'Eglise». La CEF, qui a décidé l'an passé à Lourdes de voter la création d'une commission chargée de faire la lumière sur ces crimes depuis 1950, a estimé qu'un «cap significatif» avait été franchi dans la lutte contre la pédocriminalité.

Selon les premiers éléments dévoilés par cette Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise «la majorité des abus (sexuels) se sont produits dans les années 1950, 1960, 1970, beaucoup plus que dans les décennies ultérieures». Elles ont concerné des hommes, très souvent mineurs au moment des faits, a déclaré jeudi son président, Jean-Marc Sauvé, après cinq mois de travaux. Il a aussi évoqué une «gestion de ces affaires qui dans le passé a souvent été défaillante».

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