Le Temps: comment expliquez-vous une telle violence à l’encontre des Frères musulmans en Egypte?

Shadi Hamid: les militaires ont vu dans les protestations anti-Morsi une opportunité de réduire à néant la confrérie en tant que force politique. La situation est vraiment sans précédent en Egypte. Gamal Abdel Nasser avait lui aussi voulu éliminer les Frères musulmans, mais jamais il n’a commis un tel massacre. Sous Hosni Moubarak, les islamistes étaient réprimés, mais ils pouvaient tout de même participer au processus politique.

- Quelles sont les intentions des militaires?

- Il n’y aucune stratégie politique, juste une volonté de détruire la confrérie. Pendant un bref moment, il y a eu un semblant d’arrangement entre les généraux et les Frères. Mais l’usage de la violence par l’ensemble de l’appareil sécuritaire égyptien annule tout espoir de solution politique. C’est la fin d’une ère qui ne faisait que commencer, et l’Egypte est aujourd’hui une dictature militaire : le chef de l’armée, le général al-Sissi, est l’homme le plus puissant du pays. Le gouvernement a rétabli la loi martiale et un couvre-feu, il autorise la police de tirer sur les civils. L’armée a placé des généraux et des policiers à la tête de 19 des 25 gouvernorats égyptiens.

- N’est-ce pas une situation temporaire, jusqu’aux prochaines élections promises par les autorités ?

- Même si des élections se tiennent prochainement, en l’absence de la principale force politique du pays, les Frères musulmans, il n’y aura pas de véritable compétitivité politique. Quel que soit le gagnant, il est voué à devenir une façade civile sous contrôle militaire.