La protection de l’environnement fait partie des grandes perdantes du scrutin présidentiel brésilien, qui a porté au pouvoir Jair Bolsonaro. Le futur président projette de favoriser le développement de l’élevage et de l’agro-industrie en Amazonie. Une mauvaise nouvelle pour les populations autochtones mais aussi pour l’ensemble de la planète, la forêt brésilienne jouant un rôle crucial dans la lutte contre les changements climatiques. Le Brésil comprend près de 65% de la surface de la forêt amazonienne, formidable poumon vert de 5,5 millions de kilomètres carrés.

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«Cette forêt abrite la plus grande biodiversité du monde, concentre 15% de l’eau douce, contribue à produire 20% de l’oxygène de l’air que nous respirons et constitue un régulateur naturel du réchauffement climatique», détaille Frédéric Prévot, de la Kedge Business School, dans un article publié sur le site The Conversation. La déforestation massive qui y sévit est principalement liée à l’expansion de l’élevage mais aussi à celle des cultures de soja et de canne à sucre. L’exploitation minière et la construction de routes et de barrages hydroélectriques aggravent la situation.

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Reprise de la déforestation

Durant la présidence de Lula, des efforts avaient permis de réduire nettement le taux de déforestation. Mais avec l’entrée en vigueur d’un nouveau code forestier en 2012, puis l’arrivée au pouvoir des conservateurs, les coupes semblent avoir repris de plus belle. La déforestation de l’Amazonie brésilienne aurait ainsi progressé de près de 30% entre 2015 et 2016, d’après l’Institut national sur la recherche spatiale. D’autres sources estiment cependant qu’elle est restée stationnaire au cours de cette période.

Durant sa campagne, Jair Bolsonaro a notamment suggéré de confier les dossiers du Ministère de l’environnement à celui de l’agriculture. De quoi faire frémir l’actuel ministre de l’Environnement, Edson Duarte, qui a déclaré au quotidien O Estado de S. Paulo: «Au lieu de répandre le message qu’il va combattre la déforestation et le crime organisé, il dit qu’il va attaquer le ministère de l’Environnement, l’Ibama et l’ICMBio (les agences brésiliennes de régulation environnementale, ndlr). C’est la même chose que de dire qu’il va retirer la police des rues.»

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Jair Bolsonaro contre l'Accord de Paris

La politique prônée par le nouveau président doit servir les intérêts des grands propriétaires terriens, représentés au sein du parlement brésilien par un puissant lobby. Elle risque d’être menée aux dépens des Indiens d’Amazonie. Ces derniers bénéficient actuellement de droits sur quelque 13% du territoire brésilien, considérés comme des terres indigènes. Un statut perçu par les industriels comme un obstacle aux activités économiques. Les peuples autochtones sont déjà la cible de nombreuses violences au Brésil, pays le plus dangereux au monde pour les militants de la protection de l’environnement, d’après l’ONG Global Witness.

«L’élection du candidat d’extrême droite Bolsonaro aux plus hautes fonctions au Brésil représente une menace réelle pour les droits humains dans le pays et un risque pour l’élan en faveur de l’action climatique à l’étranger. L’engagement du Brésil dans l’Accord de Paris a une signification globale et un retrait de celui-ci serait très préoccupant», a souligné May Boeve, la directrice de l’ONG de protection du climat 350.org, peu après l’annonce des résultats.

L'engagement du Brésil

Dans le cadre de l’Accord de Paris, le Brésil s’est engagé à réduire ses émissions de CO2 de 37% d’ici à 2025, par rapport à 2005, et à stopper la déforestation légale d’ici à 2030. Au mois d’août, Jair Bolsonaro avait suggéré de suivre l’exemple des Etats-Unis en faisant sortir le Brésil de cet accord, avant de revenir sur cette idée.

Dans son dernier rapport, publié début octobre, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat rappelle qu’il sera extrêmement difficile de maintenir le réchauffement global de la planète sous la barre de 1,5°C, comme les Etats s’y sont engagés. Pour y parvenir, il sera nécessaire non seulement de réduire drastiquement les émissions de CO2 mondiales mais aussi d’accroître la surface terrestre occupée par les forêts.

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