Présidentielle américaine

L’élection de Donald Trump, un avis de tempête sur le climat

Le futur président des Etats-Unis a multiplié, au cours de la campagne, ses appels à remettre foncièrement en question la politique climatique de Barack Obama qui a pourtant grandement contribué au succès de l’accord de Paris

Dans le très sensible dossier climatique, Barack Obama a mis l’Amérique du bon côté de l’histoire. Elu mardi à la Maison-Blanche, Donald Trump pourrait tout remettre en question. Au cours de la campagne électorale, le milliardaire new-yorkais n’a laissé planer aucun doute sur sa vision de la question.

Défaire les progrès accomplis

Il a déclaré vouloir retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, supprimer l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) responsable de sa mise en œuvre. Il a clamé avec grandiloquence qu’il voulait remettre les mineurs de charbon au travail. Il a promis de supprimer le Clean Power Plan, les mesures radicales prises par l’administration de Barack Obama pour réduire les émissions de CO2 des centrales à charbon de 32% d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005. Mais aussi de mettre fin aux investissements fédéraux dans les énergies propres.

Plus inquiétant encore: il a fait appel à Myron Ebell pour être à la tête de son équipe de transition censée prendre les rênes de l’EPA. Climato-sceptique très en vue aux Etats-Unis, ce conservateur issu du groupe de réflexion Competitive Enterprise Institute dénonce l’alarmisme ambiant. Bien que l’Amérique ait connu son année la plus chaude de l’histoire, le réchauffement, pour lui, n’est pas l’œuvre de l’homme, mais répond à un phénomène cyclique.

Barack Obama engagé pour le climat

Si le futur président Trump devait respecter ses promesses électorales, l’impact politique d’un tel revirement serait considérable. Faisant confiance à la science dans le domaine, désireux de faire des Etats-Unis une économie plus propre, le président démocrate a fait de la lutte contre le changement climatique la priorité de son second mandat. Il a eu le flair de tirer les leçons de l’échec du sommet climatique de Copenhague en 2009.

Il a réalisé qu’il fallait négocier en amont avec la Chine qui est, avec les Etats-Unis, le plus grand pollueur de la planète. Malgré les tensions géopolitiques avec Pékin, la coopération fut efficace et se matérialisa lors de l’annonce historique faite par Barack Obama et le président chinois Xi Jinping en novembre 2014, un an avant la conférence de Paris. L’événement changea toute la dynamique des négociations.

Les Etats-Unis parmi les six plus grands pollueurs de la planète

Barack Obama estima aussi qu’il était inutile d’aller à Paris si l’Amérique ne montre pas l’exemple. Il a mis en œuvre le Clean Power Plan, l’action la plus ambitieuse jamais prise outre-Atlantique en faveur du climat. Gail, 32 ans, est une «millenial», une représentante de la génération Y. Elle n’en revient pas: «Avec Trump président, c’est nous qui allons payer la facture climatique. Pas lui. Les débats à cet égard ont été lamentables. Aucune question sur le climat.»

Sans le leadership des Etats-Unis, le pays le plus riche parmi les six plus grands pollueurs de la planète, la cause du climat va souffrir. Cela d’autant que selon Kevin Cramer, conseiller de Donald Trump sur les questions énergétiques, l’administration du républicain soumettra l’accord de Paris à la ratification du Sénat, une procédure que Barack Obama n’avait pas jugé nécessaire. Le cas échéant, ce serait une garantie de répudiation dans les quatre ans de cette percée diplomatique majeure.


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