Daniel Cowart et Paul Schlesselman avaient tout un programme: tuer 88 Noirs par balles, en décapiter 14 et terminer par l'assassinat de Barack Obama. Ils ont été arrêtés mercredi dernier dans le Tennessee pour «menaces contre un candidat à la présidence», «possession illégale d'arme à feu» et «complot pour vol d'arme». Les deux jeunes néonazis (20 et 18ans) projetaient de dévaliser une armurerie avant de passer à l'action.

Sympathies néonazies

D'après un premier procès-verbal, le chiffre 14 fait référence aux 14 mots du slogan: «Nous devons protéger la survie de notre race et l'avenir des enfants blancs». Quant au 88, il renvoie à la huitième lettre de l'alphabet et au salut national-socialiste «Heil Hitler». Début août déjà, un homme avait été arrêté en Floride après avoir menacé de tuer le candidat. Trois semaines plus tard, trois autres individus étaient interpellés à Denver (Colorado) alors qu'ils projetaient un assassinat pendant la convention démocrate. L'un d'eux était connu pour ses sympathies néonazies. Tous sont actuellement sous les verrous.

Cercles de protection

«Les candidats à la présidence américaine ont toujours été menacés, mais le danger est certainement plus important pour Barack Obama. Le fait d'être Noir l'expose à être la cible de tout un tas de personnes dérangées», note David Sylvan, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement, à Genève. Blogs, sites internet et mêmes les meetings du républicain John McCain sont régulièrement inondés d'avertissements funestes à l'égard du candidat démocrate. Le problème, ensuite, est de faire le tri.

«Il y a ceux qui se contentent de menacer, ceux qui ont les moyens de passer à l'action, les racistes, les fous..., relève Louis Caprioli, ancien patron de l'antiterrorisme au sein du contre-espionnage français, actuellement conseiller du Groupe international de prévention et de gestion des risques (Géos). Le travail du Secret Service consiste d'abord à récolter cette information et à la traiter.»

Mandaté au départ pour protéger les chefs d'Etat, le Secret Service s'occupe également de défendre les candidats, leurs familles et leurs colistiers depuis l'assassinat de Robert Kennedy en 1968, alors en lice pour le Parti démocrate. Le service, qui dépend du Trésor américain pour des raisons historiques, réceptionne les renseignements fournis par les autres agences fédérales. «Le FBI surveille les mouvements clandestins, infiltre les groupes néonazis, ou autres, œuvrant sur le territoire américain. La CIA fait pareil à l'étranger. A cela s'ajoute une surveillance complète d'Internet et du spectre électromagnétique - téléphone et radio», précise Louis Caprioli.

Sur le terrain, ensuite, plusieurs cercles de protection sont dédiés à la défense des candidats: garde rapprochée, polices municipales, polices d'Etat, tireurs d'élite... Avant chaque déplacement, une enquête est réalisée sur les habitants du quartier. Gilets pare-balles, stock de kevlar, voitures blindées et système de brouillage des télécommunications sont également utilisés pour minimiser les risques. Lorsque le président - ou ceux qui aspirent à le remplacer - voyage, le dispositif est reproduit à l'étranger. Une équipe du Secret Service est toujours envoyée en reconnaissance.

«Le problème le plus compliqué à gérer est celui des bains de foule. On ne peut pas filtrer tout le monde, poursuit Louis Caprioli. Dans ce cas, la crainte numéro un est celle de l'attentat suicide. Des membres des services secrets sont donc postés un peu partout au milieu des gens afin de repérer les comportements suspects.»

A quelques jours de l'élection et avec des sondages qui le donnent toujours gagnant, Barack Obama court, dit-on, de plus en plus de risques. öPage16