La coopération renouvelée de l'Iran avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a eu un effet inattendu: la mise sur pied d'une enquête pakistanaise qui n'épargne aucun des «héros nucléaires» de la nation islamique. Depuis mardi, les scientifiques atomiques du Pakistan se voient interdire toute sortie du territoire national.

Dans un souci de transparence, les autorités iraniennes ont communiqué à l'agence de Vienne les noms d'au moins cinq personnes qui ont aidé Téhéran à se procurer les équipements nécessaires au programme nucléaire clandestin iranien. Parmi eux – le fait a été confirmé à la mi-janvier par le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Moshin Aminzadeh – au moins deux hommes d'affaires asiatiques. Pakistanais? C'est ce que semblaient démontrer certains éléments matériels de prolifération découverts l'été dernier en Iran.

Les Iraniens ont-ils fourni d'autres informations sur les filières de prolifération dont ils ont bénéficié? C'est probable, car l'AIEA a adressé dès novembre au Pakistan un courrier qui a débouché sur l'ouverture d'une enquête centrée autour du laboratoire de recherche atomique pakistanais de Kahuta, le KRL (Khan Research Laboratory). Le KRL est le berceau de la bombe atomique pakistanaise, ainsi que – les autorités belges et néerlandaises l'ont appris à leurs dépens il y a un quart de siècle – le réceptacle des fuites de technologie nucléaire occidentales, lesquelles avaient permis la réalisation de la première bombe atomique islamique.

«Père de la bombe» interrogé

Un premier officiel du KRL, Muhammad Faruq, avait été arrêté le 23 novembre dernier, bientôt suivi par deux autres au moins. Ces hommes avaient été interceptés «pour débriefing» par l'ISI, l'agence pakistanaise de renseignement inter-services. Même le «père» de la bombe atomique pakistanaise, le Dr Abdul Qader Khan, avait été interrogé mais non détenu.

Le week-end dernier, l'enquête s'était subitement accélérée. Pas moins de huit autres responsables de KRL étaient interrogés, dont le major Islam ul-Haq, bras droit d'Abdul Qader Khan. Le durcissement de l'enquête sur une possible prolifération au bénéfice de l'Iran a provoqué une levée de bouclier des islamistes – notamment le MMA fondamentaliste, pro-taliban, qui y décèle une concession faite à Washington – et de nationalistes qui regrettent que certains héros nationaux soient désormais considérés comme suspects.

Pourtant, selon un représentant officiel des services de renseignements pakistanais cité ce mercredi par le New York Times, tant le Dr Abdul Qader Khan que plusieurs de ses assistants ont déclaré que les transferts de technologie nucléaire vers l'Iran avaient reçu l'autorisation du général Mirza Aslam Beg, commandant en chef de l'armée pakistanaise de 1988 à 1991. Ce que l'intéressé avait démenti en novembre, soulignant que la politique de «partenariat stratégique» qu'il avait développée avec l'Iran excluait le nucléaire.