Le ballet des berlines a laissé place à celui de dizaines d’ouvriers qui s’affairent dans un incessant nuage de poussière: le palais de l’Elysée, siège de la présidence française, connaît en ce mois d’août ses plus importants travaux de rénovation depuis plus d’un demi-siècle.

Cour, façade principale, planchers, réseau électrique… en près de 300 ans d’existence, le célèbre palais du 8e arrondissement de Paris, édifié par Armand-Claude Mollet pour le comte d’Evreux et résidence des présidents de la République depuis le XIXe, n’avait sans doute jamais connu été aussi agité.

«Ce sont les plus gros travaux […] depuis 1947, date à laquelle la IVe République (avec le président Vincent Auriol) est venue s’installer ici», note Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques français.

«Nous avons aussi une contrainte forte: le président reçoit presque tous les jours. Il n’était pas question d’avoir des hôtes étrangers pendant les travaux, qui devaient donc être réalisés pendant les congés», ajoute le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont.

Vacances de Nicolas Sarkozy

Les travaux auront donc lieu pendant les vacances du président Nicolas Sarkozy, parti en début de semaine rejoindre son épouse, Carla Bruni, dans sa résidence familiale des bords de la Méditerranée.

Au total, trois grosses semaines, et pas une de plus: le Conseil des ministres effectuera sa rentrée le mercredi 24 août dans son traditionnel salon Murat.

Après quelques travaux en 2009 et 2010, l’essentiel de la rénovation de l’ancien «Hôtel de Bourbon» – nom pris en 1787 après sa vente par Louis XVI à sa cousine, la duchesse de Bourbon– restait pourtant à accomplir.

«C’est l’un des bâtiments les plus chargés d’histoire de France, mais il était en très mauvais état. Il prenait l’eau et le grand portail d’une des portes vitrées a failli s’effondrer sur un chef d’Etat étranger. Les deux façades se désagrégeaient», signale M. Frémont.

24 millions d’euros

Dans le vacarme d’une cour livrée aux perceuses, scies et marteaux, il ne manque pas de souligner que c’est la Cour des comptes – celle-là même qui dissèque les dépenses de la présidence – qui a évoqué la nécessité de réaliser des travaux, alors estimés à quelque 24 millions d’euros.

Au final, «15,6 millions auront été engagés d’ici à la fin de l’année, pris en charge par le Ministère de la culture puisqu’il s’agit d’un monument classé. Et le plus important aura été fait», se félicite-t-il.

Pour boucler à temps, 300 à 400 ouvriers – pour la plupart des ouvriers d’art – sont mobilisés, sur un large créneau horaire (6h00 à 22h00).

«C’est une belle surprise d’être là, et c’est pour ça qu’on met tout en œuvre pour faire du beau travail. Et on va faire du beau travail», clame Christophe Bénard, menuisier spécialisé dans les monuments historiques, tout en caressant le futur plancher du salon des Ambassadeurs.

L’Elysée en cure de beauté à moins d’un an de la présidentielle, prévue en avril et mai prochains? Christian Frémont se charge, lui, de répondre à la question sur une éventuelle symbolique. «Il n’y a aucune signification politique. Le lifting était nécessaire, ça tombe comme ça», jure-t-il.