A l’Elysée, un président de plus en plus abandonné

France François Hollande, à mi-mandat, s’exprime ce soir sur TF1

Au fil des ruptures, son isolement est devenu fatal

A l’Elysée, certains collaborateurs du président français ont ironiquement surnommé l’exercice: «La chasse aux 13%.» Objectif: parvenir à identifier, lors des déplacements en province de François Hollande, des Français encore prêts à l’interpeller amicalement, voire à lui témoigner leur confiance. Bref: dresser à travers eux les contours de ce qui reste, à mi-mandat, des 51,56% d’électeurs qui, le 6 mai 2012, avaient glissé dans l’urne un bulletin à son nom.

Mission presque impossible. Deux ans et demi après, la plupart des sondages estiment en effet à 85-87% le nombre des Français mécontents de son action, contre 13-15% de «satisfaits». Un record absolu d’impopularité pour un chef de l’Etat en exercice sous la Ve République, bien en deçà des 22% seulement d’opinions favorables recueillies par François Mitterrand en décembre 1991. Un abysse dont personne ne voit comment François Hollande pourra se sortir ce soir devant les caméras de TF1 lors de l’émission baptisée justement «En direct avec les Français», pour laquelle quatre citoyens triés sur le volet le questionneront. «Si l’on applique le ratio des sondages à la lettre, aucun des quatre ne lui est a priori favorable», admet un conseiller élyséen.

Le président, pourtant, est plutôt bon face à un public. Doué pour la repartie, habile à renvoyer la balle à ses interlocuteurs, rompu aux échanges épicés avec les journalistes politiques, François Hollande est, en théorie, assez bien taillé pour ce genre d’invitation. Sauf que deux ans et demi après l’avoir emporté sur Nicolas Sarkozy, l’ancien patron du Parti socialiste (1997-2008) souffre, en plus de son bilan très décevant sur le plan économique, d’une situation peu propice à lui donner confiance: son ­extrême solitude politique et personnelle. Au fil des scandales et des ruptures, l’Elysée s’est refermé sur cet animal à sang-froid, à la fois distant et acharné des textos. Toujours soucieux de «garder le lien» sans vraiment s’impliquer. Quitte à y consacrer beaucoup trop de temps selon son entourage.

«Sa promesse d’être un président normal reposait sur l’idée centrale qu’il ne perdrait pas, lui, le contact avec les réalités et avec les Français. Or il se retrouve aujourd’hui dans la position exactement inverse», juge l’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, démissionnaire du gouvernement à la fin août. Avec, en plus, l’impression d’être entouré seulement d’adversaires, entre son premier ministre Manuel Valls dévoré d’ambition pour lui-même, et l’aile gauche du PS qui parle presque de lui comme d’un «traître».

«Prenez les deux dernières nominations à l’Elysée, juge un de ses ex-conseillers. Comme secrétaire général [le chef d’état-major présidentiel], François Hollande a choisi l’un de ses meilleurs et plus vieux amis avec lequel il se brouilla un temps: Jean-Pierre Jouyet. Et comme secrétaire général adjoint, le recrutement probable de Boris Vallaud, le mari de la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, est annoncé. C’est le syndrome du repli. Il choisit des très proches, des collaborateurs dont les liens familiaux le rassurent.»

François Hollande abandonné? La formule fait sourire tant elle est aux antipodes du personnage, rond et si social. Elle est aussi, en apparence, en contradiction avec son agenda et ses relations «excellentes» avec Manuel Valls. Récemment, le chef de l’Etat a ainsi soigné les milieux culturels, inaugurant le Musée Louis Vuitton et le Musée Picasso réhabilité, assistant à la pièce de théâtre Hôtel Europe de Bernard-Henri Lévy, à une soirée du «Bondy Blog» ou à un concert de Manu Dibango. Mais problème: ses sorties soulignent en creux son isolement. Y compris affectif. Plus de «première dame» depuis le départ fracassant de sa compagne Valérie Trierweiler début janvier, et plus de trace officielle de Julie Gayet, l’actrice avec laquelle il entretenait une relation, révélée par Closer.

Côté politique, l’abandon est peut-être plus douloureux encore. Avec Jean-Marc Ayrault comme premier ministre pendant deux ans, François Hollande manœu­vrait. «Matignon n’était pas tenu, lâche, perfide, un ancien ministre. Le président jouait tantôt les pompiers, tantôt les pères fouettards. Il faisait de la politique de couloirs. Ce qu’il adore.» Or l’ère Valls est tout autre. L’intéressé gère «beaucoup mieux les affaires», reconnaît Aurélie Filippetti, pourtant opposée à la ligne politique de Matignon, en avant toute vers le centre. Manuel Valls est véloce. Il tranche. Il veut. Il mise sur quelques hommes, comme le ministre de l’Economie Emmanuel Macron. En chef de clan.

Résultat: le président «normal» tend à se crisper, limite «glacial» parfois selon ses interlocuteurs. Et il se retrouve plus encore cantonné dans sa mission régalienne: la diplomatie, la défense et les crises avec le dossier douloureux des otages. Des sujets qui prêtent peu au lien social et aux moments détendus, même si son nouveau conseiller diplomatique, Jacques Audibert, est réputé pour son humour. Un parlementaire socialiste sourit, assassin: «L’ironie de ce quinquennat est que le principal «complice» politique de François Hollande est devenu Laurent Fabius, celui qui le traitait de «capitaine de pédalo» avant la campagne présidentielle de 2012. C’est vous dire s’il doit ramer!»

«Sa promesse de président «normal» reposait sur l’idée qu’il garderait le contact avec les Français»