L’adresse a eu lieu lundi à 15 heures par le biais d’un message vidéo pré-enregistré et diffusé sur les télévisions japonaises. Dans les magasins, les cafés ou dans la rue face aux écrans géants, on s’est arrêté pour écouter l’empereur Akihito, 82 ans, évoquer son état de santé et sa capacité déclinante à assurer les responsabilités liées à sa fonction. Si l’empereur du Japon n’a aucun pouvoir législatif ou exécutif, il demeure, en tant que symbole de l’Etat, une figure influente et appréciée. Au fil des dix minutes de son élocution, Akihito a fait comprendre qu’il souhaiterait pouvoir abdiquer. La Loi de la Maison impériale, néanmoins, n’offre pas d’autre issue que la mort en ce qui concerne la succession du souverain.

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La Constitution japonaise stipule que l’empereur ne peut s’engager dans aucune forme d’action d’ordre politique, raison pour laquelle le texte énoncé par Akihito «en tant qu’individu» ne mentionne pas frontalement la question d’une modification de la Loi de la Maison impériale. Aucun empereur du Japon n’a abdiqué depuis 1817. L’actuel héritier de Akihito est le prince Naruhito, âgé de 56 ans.

Actif et soucieux de transmettre un message de paix, Akihito se déplace fréquemment pour soutenir la population japonaise, malgré son âge et plusieurs opérations. Il a été présent dans le Tohoku suite au tsunami et à la catastrophe nucléaire de 2011, tout comme à Kumamoto après le tremblement de terre d’avril dernier. Il a tenu, lors des commémorations de la Seconde Guerre mondiale de 2015, à exprimer de profonds «remords» et à saluer l’effort de reconstruction pacifique fourni après le conflit. Un discours fort différent de celui du premier ministre conservateur Shinzo Abe, dont la rhétorique a articulé l’idée de paix avec celle du sacrifice au combat. Plusieurs universitaires ont suggéré que Akihito n’apprécie Shinzo Abe que très modérément.

Le système de succession remis en question

Dans son adresse, l’empereur a insisté sur la «conscience d’être avec les gens», et sur l’impossibilité de choisir et réduire les événements auxquels il se rend sans affecter l’identification de sa fonction avec celle de symbole de la nation. L’article 16 de la Loi de la Maison impériale indique la possibilité d’une régence assurée par un membre de la famille en cas d’impossibilité de régner due à une maladie ou un accident. «Mais cela ne change rien au fait que l’empereur reste l’empereur jusqu’à la fin de sa vie même s’il n’est plus à même de remplir ses devoirs d’empereur», a noté Akihito.

L’article 16 est évoqué par certains intellectuels conservateurs opposés à la révision de la Loi. Cette modification promet d’être politiquement délicate. Shinzo Abe a fait savoir que le gouvernement se pencherait «sérieusement» sur ce qui peut être fait. Bien qu’environ 80% des Japonais soient favorables à l’abdication d’Akihito (sondages Kyodo, Mainichi et Yomiuri), l’élite conservatrice entend résister.

Cité par le Japan Times, Hidetsugu Yagi, professeur de droit, fait valoir la nature «permanente» de la Loi et la potentielle «confusion» engendrée par sa modification. L’élu du Parti libéral démocratique (au pouvoir) Yoshitada Konoike cité par le quotidien d’extrême droite Sankei reconnaît la probable nécessité de changer le système de succession mais s’empresse de se demander «jusqu’où ce chemin pourrait nous mener». A l’autre extrémité de l’hémicyle, le président du Parti communiste, Shii Kazuo, également dans Sankei, fait remarquer que l’empereur ne peut pas provoquer cette discussion lui-même, en vertu de la séparation entre la Maison impériale et le pouvoir politique.

Ce n’est pas la première fois que le système de succession est mis en débat. En 2005, un panel d’experts a été constitué pour estimer dans quelle mesure l’enfant aîné de l’empereur pouvait être habilité à monter sur le trône quel que soit son sexe. Malgré un fort soutien populaire, la conclusion positive du panel a été balayée par l’élite conservatrice, attachée au caractère masculin de la lignée impériale. Le Japan Times précise que Shinzo Abe, alors secrétaire général du cabinet, aurait fait partie des opposants ce changement de la Loi.


Dates

1933 Naissance le 23 décembre du fils de l’empereur Hirohito.

1952 Akihito devient prince héritier.

1959 Mariage le 10 avril avec Michiko Shoda, roturière, fille d’un riche industriel.

1960 Naissance du premier fils du couple impérial, Naruhito, actuel prince héritier. Un autre fils suivra en 1965 et une fille en 1969.

1989 Mort de l’empereur Hirohito le 7 janvier. Son fils lui succède immédiatement.