L’emploi vert au centre des débats de l’OIT à Genève

Travail François Hollande sera ce jeudi à la tribune de l’OIT

Le président français entend bien profiter des énergies renouvelables pour créer des emplois

François Hollande a promis de ne pas se représenter s’il n’arrivait pas à faire baisser le chômage. Plus de 3,5 millions de personnes sont sans emploi en France. Le président place désormais ses espoirs dans l’économie verte. Il martèlera ce credo ce jeudi à Genève lors de la réunion annuelle de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ce nouveau déplacement, un mois seulement après sa visite historique en Suisse, doit aussi faire avancer la grande priorité de la France sur la scène internationale en 2015: la conclusion d’un accord climatique ambitieux lors de la conférence de Paris, en décembre prochain. Les syndicats, les employeurs du monde entier réunis à Genève seront appelés à faire pression sur les gouvernements pour que les négociations de Paris aboutissent et qu’un éventuel accord soit ensuite mis en œuvre.

Comment lutter contre le réchauffement tout en créant des emplois? La réponse tient en deux mots: emplois verts. L’un des premiers à avoir brandi la formule est le président américain Barack Obama. Pendant sa première campagne électorale en 2008, il avait promis d’en créer 5 millions. On est aujourd’hui loin du compte. Selon les derniers chiffres disponibles, les emplois verts ne comptaient que pour 2,6% des emplois aux Etats-Unis et cette proportion n’avait augmenté que de 0,1% en 2011, soit un peu plus de 150 000 emplois supplémentaires.

Selon l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena), basée à Abu Dhabi, les Etats-Unis sont tout de même le pays qui compte le plus d’emplois dans le photovoltaïque ou l’éolien après la Chine, avec 724 000 places de travail. En Europe, c’est l’Allemagne qui arrive en tête de ce classement (371 000 emplois), suivie par la France (176 000). L’an dernier, l’Allemagne a fortement augmenté sa capacité dans l’énergie éolienne, alors que la France est le leader européen de l’emploi dans la géothermie, toujours selon l’Irena. Dans le monde, 7,7 millions de personnes travaillent dans le secteur des énergies renouvelables.

Le potentiel est le plus fort dans les pays en voie de développement. «Les énergies renouvelables, par exemple, sont assurément le moyen le plus rentable de transformer radicalement l’existence du 1,3 milliard de personnes qui n’ont pas accès à l’électricité dans le monde», estimait Guy Ryder, le directeur de l’OIT, la semaine dernière, dans un message à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement. Des investissements publics massifs seront de toute manière nécessaires. l’OIT cite en exemple l’Allemagne, qui a investi 120 milliards d’euros dans l’isolation thermique d’anciennes et de nouvelles constructions depuis 2009, suite à un accord entre le patronat et les syndicats.

L’OIT a commencé à s’intéresser aux emplois verts la même année que les promesses de campagne de Barack Obama. Un programme suit l’évolution du secteur et recense les bonnes pratiques. «Les secteurs prometteurs ne se limitent pas aux énergies renouvelables», explique Moustapha Kamal Gueye, chercheur pour ce programme. «Des opportunités existent dans le domaine de l’agriculture, notamment biologique, un marché en pleine expansion, et qui nécessite davantage de main-d’œuvre que les cultures traditionnelles.» Le spécialiste cite aussi le reboisement ou le tourisme responsable.

Selon une compilation de différentes études réalisée par l’OIT, 15 à 60 millions d’emplois pourraient ainsi être créés d’ici à 2030. Pas de quoi résorber le chômage – 200 millions de personnes dans le monde. Sans compter tous les jeunes qui entreront sur le marché du travail ces prochaines années, surtout dans les pays en voie de développement. Guy Ryder, qui a fait des emplois verts l’un de ses chevaux de bataille, reconnaissait récemment dans nos colonnes que ce n’était pas «une solution miracle».

Car la transition énergétique ne manquera pas de détruire des emplois. Moustapha Kamal Gueye relativise: «Les industries qui émettent 80% des gaz à effet de serre ne totalisent pas plus de 10% des emplois. La Chine pourrait perdre 600 000 emplois dans l’industrie du charbon mais elle en a déjà créé trois fois plus dans les énergies renouvelables.»

«Les industries qui émettent 80% des gaz à effet de serre ne totalisent pas plus de 10% des emplois»