Boris Johnson va-t-il réussir là où Theresa May avait échoué? En 2017, l’ancienne première ministre, favorite des sondages, avait perdu sa majorité absolue dans les derniers jours de la campagne électorale, alors que Jeremy Corbyn, le leader travailliste, connaissait un pic de popularité.

Cette fois-ci, le scénario ne semble pas se répéter. Dans les sondages, les conservateurs gardent une dizaine de points d’avance sur les travaillistes (42% contre 32% en moyenne, malgré un léger resserrement ces derniers jours), laissant au premier ministre sortant bon espoir de remporter les élections législatives de ce jeudi au Royaume-Uni. Si cela se confirme, le blond décoiffé, au pouvoir depuis fin juillet, pourra enfin être à Downing Street avec une majorité. Il promet alors de mettre en œuvre le Brexit d’ici au 31 janvier 2020, nouvelle date butoir officielle.

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La bataille se joue autour du Brexit, qui est en train de profondément rebattre les cartes politiques du Royaume-Uni. Boris Johnson attaque frontalement le bastion travailliste du nord de l’Angleterre, le fameux «mur rouge» d’une centaine de circonscriptions qui s’étire du nord du Pays de Galles au nord-est de l’Angleterre.

Un nouvel électorat à séduire

Voilà une décennie que les conservateurs se concentrent sur cette région autrefois imprenable. La désindustrialisation des années 1980 commence à être lointaine et la haine contre Margaret Thatcher s’émousse. La population change également, des familles des classes moyennes profitant des bas prix immobiliers pour s’y installer.

Mais le vrai tournant a été le référendum sur le Brexit en 2016. La région a très largement soutenu la sortie de l’Union européenne. Or, le parti recueillant le vote des brexiters est celui de Boris Johnson. Mieux encore, l’homme était le principal leader de la campagne du Brexit. Après trois ans et demi de débats, la population du nord se sent trahie de constater que le Royaume-Uni demeure dans l’UE. Le sujet, hautement émotif, pourrait suffire à faire basculer de nombreuses circonscriptions. Même Sedgefield, l’ancien bastion de Tony Blair, ne tient plus qu’à un fil.

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En ces derniers jours de campagne, Boris Johnson ne s’y trompe pas et a entamé une nouvelle tournée dans le nord. Bassetlaw, près de Doncaster, bastion travailliste depuis 1929, est symbolique de cet effort. Outre le premier ministre, les ministres de l’Intérieur, de la Santé ou encore des Retraites et Aides sociales y ont fait le déplacement. «Cette circonscription est l’une de nos principales cibles, explique Brendan Clarke-Smith, le candidat conservateur, qui a grandi dans des logements sociaux de la région. Si je gagne ici, on est presque sûrs de remporter une majorité absolue.»

La capitale aux mains des travaillistes

A l’opposé géographique se trouve Londres. La ville est majoritairement de gauche et très opposée au Brexit. Le problème est que la capitale britannique est déjà largement aux mains des travaillistes, qui peuvent difficilement progresser. En 2017, le Labour avait obtenu 59% des voix des Londoniens, raflant 49 des 73 sièges en jeu.

L’autre problème des anti-Brexit est qu’ils sont divisés. Les libéraux-démocrates souhaitent annuler purement et simplement le processus de retrait de l’UE, tandis que les travaillistes souhaitent l’organisation d’un deuxième référendum. Les électeurs s’y perdent, comme l’illustrait par exemple une étrange scène dans les rues de Kensington ce dimanche. Sous un soleil frisquet, un groupe de militants travaillistes frappait aux portes d’un côté d’une petite avenue résidentielle. Sur le trottoir d’en face, les militants libéraux-démocrates faisaient de même. Leur message était exactement le même: «Si vous voulez arrêter le Brexit, il faut voter pour nous.»

Le résultat de ces deux batailles est une étrange inversion des allégeances. Un récent sondage indique que les conservateurs recueillent 44% des intentions de vote de la moitié de la population la plus pauvre, contre seulement 40% pour la moitié de la population la plus riche. Le vote selon les classes sociales semble avoir disparu. En revanche, la fracture est générationnelle: les jeunes, opposés au Brexit, soutiennent en masse les travaillistes; les plus âgés, favorables au Brexit, sont largement des électeurs conservateurs.