Attentive à l’environnement dans lequel l’humanité se développe, l’encyclique du pape François, «Laudato si’» dédie tout un chapitre de sa réflexion et de son exhortation au monde numérique, aux réseaux sociaux, à l’internet et au big data.

C’est par allusion que les réseaux sociaux sont évoqués

Certes, l’encyclique n’utilise pas nommément ces termes: ni Facebook, ni Twitter, ni «big date data» n’apparaissent nommément dans l’encyclique. Le mot internet n’y est évoqué qu’une seule fois en toute lettre, quant au mot digital, il apparaît deux fois.

Mais le texte du souverain pontife ne laisse subsister aucune ambiguïté: c’est bien aux réseaux sociaux et au big data qu’il s’en prend lorsqu’il évoque, dans le sous-chapitre consacré à «la détérioration de la qualité de la vie humaine et à la dégradation sociale», «les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital».

A la section 46, le pape trace une synthèse des composantes sociales du changement global. Il y pointe en particulier un certains nombres de phénomènes, parmi lesquels «les effets de certaines innovations technologiques sur le travail, l’exclusion sociale, l’inégalité dans la disponibilité et la consommation d’énergie et d’autres services, la fragmentation sociale, l’augmentation de la violence et l’émergence de nouvelles formes d’agressivité sociale, le narcotrafic et la consommation croissante de drogues chez les plus jeunes, la perte d’identité».

Ces signes, pour François, montrent que l’on ne peut guère parler d’un «vrai progrès intégral ni [d’] une amélioration de la qualité de vie». Il ajoute: «Certains de ces signes sont en même temps des symptômes d’une vraie dégradation sociale, d’une rupture silencieuse des liens d’intégration et de communion sociale».

Les réseaux sociaux empêchent d’aimer avec générosité

Vient alors, dans la section qui suit, la 47e de l’encyclique, les reproches plus spécifiquement consacré à l’internet, aux réseaux sociaux et au big data. Le pape constate en effet qu’à la dégradation sociale, à la rupture des liens d’intégration et de communion sociale, «s’ajoutent les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d’une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d’aimer avec générosité. Les grands sages du passé, dans ce contexte, auraient couru le risque de voir s’éteindre leur sagesse au milieu du bruit de l’information qui devient divertissement». Voilà pour les réseaux sociaux.

Le big data sature, obnubile et pollue

Le big data, lui est évoqué dans cette phrase: «La vraie sagesse, fruit de la réflexion, du dialogue et de la rencontre généreuse entre les personnes, ne s’obtient pas par une pure accumulation de données qui finissent par saturer et obnubiler, comme une espèce de pollution mentale».

Les algorithmes éliminent et excluent

La communication née de l’Internet comporte, selon le saint-père, un danger cardinal: «En même temps, les relations réelles avec les autres tendent à être substituées, avec tous les défis que cela implique, par un type de communication transitant par Internet. Cela permet de sélectionner ou d’éliminer les relations selon notre libre arbitre, et il naît ainsi un nouveau type d’émotions artificielles, qui ont plus à voir avec des dispositifs et des écrans qu’avec les personnes et la nature».

Si nous étions thomiste, nous dirions que l’internet brise et manipule la conaturalité de la relation humaine. Le pape dit cela ainsi: «Les moyens actuels nous permettent de communiquer et de partager des connaissances et des sentiments. Cependant, ils nous empêchent aussi parfois d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre et avec la complexité de son expérience personnelle».

Les réseaux sociaux renforcent la mélancolie et la solitude

Enfin, l’encyclique, toujours dans sa section 47, se fait comme l’écho de récentes recherches qui imputaient aux réseaux sociaux, et en particulier Facebook, une recrudescence de mélancolie dépressive: «C’est pourquoi nous ne devrions pas nous étonner qu’avec l’offre écrasante de ces produits se développe une profonde et mélancolique insatisfaction dans les relations interpersonnelles, ou un isolement dommageable».

L’encyclique n’est pourtant ni technophobe ni numérophobe

De là à croire que l’encyclique papale soit technophobe et numérophobe il n’y aurait qu’un pas. Que l’on se gardera néanmoins de franchir, si l’on en croit les sections 102 et 103. François y tresse ainsi une ode à la technologie: «L’humanité est entrée dans une ère nouvelle où le pouvoir technologique nous met à la croisée des chemins. Nous sommes les héritiers de deux siècles d’énormes vagues de changement : la machine à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe, l’électricité, l’automobile, l’avion, les industries chimiques, la médecine moderne, l’informatique, et, plus récemment, la révolution digitale, la robotique, les biotechnologies et les nanotechnologies. Il est juste de se réjouir face à ces progrès, et de s’enthousiasmer devant les grandes possibilités que nous ouvrent ces constantes nouveautés, parce que « la science et la technologie sont un produit merveilleux de la créativité humaine, ce don de Dieu ».

Bref, l’encyclique ne peut pas ne pas «valoriser ni apprécier le progrès technique, surtout dans la médecine, l’ingénierie et les communications. Et comment ne pas reconnaître tous les efforts de beaucoup de scientifiques et de techniciens qui ont apporté des alternatives pour un développement durable ?»

Toute la question étant de bien utiliser cette techoscience: « La technoscience, bien orientée, non seulement peut produire des choses réellement précieuses pour améliorer la qualité de vie de l’être humain, depuis les objets usuels pour la maison jusqu’aux grands moyens de transport, ponts, édifices, lieux publics, mais encore est capable de produire du beau et de « projeter » dans le domaine de la beauté l’être humain immergé dans le monde matériel. Peut-on nier la beauté d’un avion, ou de certains gratte-ciel ? Il y a de belles oeuvres picturales et musicales réalisées grâce à l’utilisation de nouveaux instruments techniques. Ainsi, dans la recherche de la beauté de la part de celui qui produit la technique, et en celui qui contemple cette beauté, se réalise un saut vers une certaine plénitude proprement humaine».