Proche-Orient

L’enfant martyr de la seconde Intifada n’est pas mort, selon Israël

Treize ans après sa diffusion, le reportage sur la mort de Mohamad al-Dura du correspondant de France 2 Charles Enderlin continue de faire débat

Treize ans après les faits, le gouvernement israélien publie un étrange document. Un rapport de 36 pages prétend que Mohamad al-Dura, un enfant gazaoui de 12 ans devenu l’icône de la seconde Intifada après avoir été filmé au milieu d’un échange de tirs entre des soldats israéliens et des policiers de l’Autorité palestinienne, ne serait pas mort. Qu’il n’aurait même pas été blessé. Et que son père Jamal, touché durant la fusillade, aurait participé à cette mystification avec la complicité du correspondant de France 2 au Proche-Orient Charles Enderlin et de son caméraman Talal Abou Rahmeh.

L’armée se rétracte

Le 30 septembre 2000, la diffusion, par la chaîne française, de l’accrochage durant lequel Mohamad al-Dura et son père encaissaient plusieurs balles à proximité de la colonie de Netzarim avait enflammé l’opinion palestinienne et l’ensemble du monde arabe. L’armée israélienne avait d’abord reconnu la bavure afin de se rétracter par la suite. Pourquoi le gouvernement de Benyamin Netanyahou ressort-il cette histoire? «Parce qu’elle porte préjudice à l’image d’Israël et parce que nos ­ennemis s’en servent pour attiser l’antisémitisme et délégitimer son droit à l’existence», dit le premier ministre.

L’initiative de l’enquête revient au ministre de la Défense, Moshé Yaalon, un faucon qui avait nommé une commission secrète en septembre 2012, lorsqu’il n’était que simple ministre des Questions stratégiques. A part celui de l’ex-général Yossi Kuperwasser, un ancien responsable des Renseignements militaires (Aman), le nom des autres commissaires chargés de mener les investigations ne sera jamais publié. On ne connaîtra pas non plus leur méthodologie de travail, ni quels documents ils ont consultés puisqu’ils ont, sur ordre de leur ministre, opéré avec la plus grande opacité.

En revanche, leurs conclusions sont soutenues par un grand battage puisque les médias israéliens les répercutent à l’envie. L’idée qui sous-tend cette campagne étant que «nos soldats sont de bons petits gars incapables de tirer sur un enfant» et que ceux qui osent prétendre le contraire sont motivés par la haine antisémite ou antisioniste.

Paradoxalement, la commission n’a pas pris la peine d’entendre Charles Enderlin, ni son caméraman. Quant aux médecins jordaniens qui ont soigné Jamal al-Dura, ils n’ont pas non plus été contactés. Interviewé dans le camp de réfugiés d’El-Boureij (Gaza) où il réside, ce dernier affirme accepter que l’on ouvre la tombe de son fils afin de procéder à des analyses. «A la condition que ces prélèvements et que l’enquête attenante soient effectués par des experts internationaux neutres, pas par des Israéliens», précise-t-il. Et d’ajouter: «Je ne demanderais pas mieux que de voir mon fils vivant pour le serrer dans mes bras. Si c’était le cas, il serait âgé de 25 ans aujourd’hui et il aurait sans doute fondé une famille.»

«Insulte à la mémoire»

Depuis deux jours, les propos de Jamal al-Dura sont repris en boucle par les grands médias satellitaires arabes, selon lesquels le nouveau rapport israélien serait une «provocation anti-palestinienne», une «insulte à la mémoire d’un enfant martyr». Depuis le 30 septembre 2000, Charles Enderlin est régulièrement la cible des officiels israéliens et de la frange extrémiste de la communauté juive de France, qui l’accuse d’avoir inventé la mort de Mohamad al-Dura. D’insultes en accusations, le débat a d’ailleurs viré au procès, et celui-ci est toujours en cours actuellement.

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