Syrie

Dans l'enfer de Baghouz, une djihadiste suisse 

Elle se fait appeler Um Shaima et elle a grandi dans le canton de Vaud, avant de partir en Syrie avec ses filles. Elle parle aujourd'hui du «calife» comme d'un «mécréant»

La femme est assise dans le sable avec ses trois enfants, un peu à l’écart des autres. Dans la cohorte de milliers de personnes qui ont fui ces dernières semaines Baghouz, la dernière forteresse de l’organisation Etat islamique (EI), elle n’est guère qu’une silhouette noire supplémentaire. Cette femme, qui se fait appeler Um Shaima, a pourtant grandi dans le canton de Vaud, où elle était arrivée avec ses parents à l’âge de 2 ans. Elle est devenue ce que l’on appelle en Suisse une «voyageuse du djihad». Et, malgré la douceur de sa voix, elle tient des propos très durs, même à l’aune du discours de l’Etat islamique. Au point qu’elle en vient à qualifier le «calife» lui-même, Abou Bakr al-Baghdadi, de «mécréant».

Um Shaima, la trentaine, est bien connue à Berne. En mars 2017, le Ministère public de la Confédération a ouvert contre elle une procédure pénale, la suspectant d’appartenance à l’Etat islamique. Auparavant, le père de l’une de ses filles avait déjà lui-même alerté la police: en prétextant de courtes vacances dans le sud de la France, la jeune femme s’était volatilisée avec ses enfants. Direction: la Syrie, ou plutôt «Dar al-Islam», cette «Terre d’Islam» dont les frontières se confondaient avec celles d’un «califat» de l’Etat islamique aujourd’hui presque entièrement démembré.