Cette plateforme web de mini-messages, qui peuvent aussi s’envoyer depuis un téléphone portable, est devenue le média sinon de référence, du moins le plus consulté, utilisé et manipulé, en Iran et dans la diaspora, pour organiser des événements ou se tenir informé, loin de la censure traditionnelle de l’information, inscrite dans la Constitution. Un média ubiquitaire, dans la poche de dizaines de milliers d’Iraniens, et qui débite en temps réel: les messages de la rubrique «Iran election» affluent depuis le jour de l’élection au rythme, affolant, de plusieurs dizaines par minute. Twitter s’est imposé au point que les autorités américaines ont reconnu, c’est une première, avoir demandé aux administrateurs du site de retarder des opérations de maintenance, pour ne pas priver les Iraniens d’un moyen essentiel de communication.

Les sites comme Facebook (où Mir Hossein Moussavi a 40 000 amis), Flickr et surtout Youtube connaissent aussi aujourd’hui leur heure de gloire. C’est là que circulent les photos et vidéos des heurts avec la police après la manifestation de lundi, et les informations sur les manifestations hors de Téhéran, les lieux de rendez-vous, ou les arrestations. Un Iranien sur trois est un internaute, le pays compte 60 000 blogueurs actifs(dont le président Ahmadinejad):une mine.

Mais une mine à déminer aussi, d’abord parce qu’il n’est pas facile de trouver de bonnes informations dans tout ce «bruit» électronique: Twitter justement est aussi un formidable réceptacle de futilités. Surtout, le pouvoir, qui avait laissé dans les années 2000 la presse contestatrice s’installer sur le web, a depuis développé ses propres systèmes de filtrage et de contrôle, parmi les plus sophistiqués du monde selon l’OpenNet Initiative. Arrestations de blogueurs et blocages de sites sont devenus courants depuis quelques années, selon Reporters sans frontières.

Pour ces élections, le pouvoir a arrêté une dizaine de journalistes et blogueurs, et selon les moments fermé les réseaux de téléphones portables, bloqué des sites voire des serveurs proxy, et diminué les débits des réseaux, pour limiter les chargements de vidéos. La désinformation bat aussi son plein, avec le lancement planifié de rumeurs et de fausses informations. Sur les sites de socialisation on s’échange des tuyaux sur la meilleure façon de contourner ces problèmes, tout en redoutant d’être identifié et pourchassé. On riposte en dénonçant les adresses suspectes, en partant à l’assaut des sites officiels pour les surcharger et les bloquer.

De salon de thé politique virtuel, le web est devenu un champ de bataille.