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«L’enlèvement le plus long que le CICR ait jamais connu»

La Croix-Rouge lance un appel public pour retrouver la trace de trois humanitaires qui ont été enlevés en Syrie en 2013 par le groupe Etat islamique

Les enlèvements de Louisa Akavi, d’Alaa Rajab et de Nabil Bakdounes avaient été tenus secrets pendant plus de cinq ans par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ces trois humanitaires ont été enlevés par l’Etat islamique (EI) en Syrie, en octobre 2013. Ce dimanche, l’organisation a rendu publique leur disparition dans l’espoir d’obtenir des informations sur leur sort. Ils se dirigeaient vers Idlib, une ville située dans le nord-ouest du pays, pour livrer du matériel médical à des établissements de soins. En cours de route, leur véhicule a été immobilisé par des hommes armés. Sur les sept personnes présentes, quatre ont été libérées le lendemain. Mais Louisa Akavi, infirmière d’origine néo-zélandaise, ainsi que Alaa Rajab et Nabil Bakdounes, chauffeurs syriens, n’en faisaient pas partie.

La chute du dernier bastion, une opportunité

Le silence qui pesait sur cette affaire visait à les protéger. «Nous avions fait le choix de ne divulguer aucun détail dans l’espoir de faciliter un dénouement positif. Avec la reprise du dernier territoire contrôlé par le groupe EI, nous avons estimé que le temps était venu de sortir de notre réserve», justifie Dominik Stillhart, le directeur des opérations du CICR, dans une note écrite transmise aux médias. La chute du dernier bastion de l’EI en Syrie est ainsi vue comme une opportunité pour avoir des nouvelles de ces détenus. «Nous invitons quiconque aurait des informations à nous en faire part», ajoute-t-il. En 156 ans d’existence, le CICR a déjà été confronté à l’enlèvement d’employés, «mais celui-ci est le plus long que l’organisation ait jamais connu», souligne Anastasia Isyuk, porte-parole genevoise de l’organisation.

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Depuis le 13 octobre 2013, jour de l’enlèvement des trois humanitaires, «le CICR n’a ménagé aucun effort pour les retrouver. Il y a eu des moments où la libération de Louisa semblait proche, d’autres où nous n’avions plus de nouvelles d’elle. Nous avons par contre perdu toute trace d’Alaa et de Nabil», déclare Dominik Stillhart. Lors des premiers mois de leur captivité, des membres du groupe EI qui les avaient kidnappés ont contacté l’organisation pour demander une rançon, mais les contacts se sont interrompus.

Louisa Akavi était encore en vie fin 2018

Pour obtenir des informations, le CICR s’est alors appuyé sur ses relations avec les acteurs armés et a contacté des dirigeants de l’EI et des détenus au Moyen-Orient. A sa connaissance, Louisa Akavi a souvent été déplacée et a transité par Raqqa, ancienne capitale des djihadistes. «Des personnes rencontrées dans des camps de déplacés en Irak nous ont dit qu’elles avaient été soignées par Louisa en Syrie», précise le directeur des opérations. Louisa Akavi était donc encore en vie fin 2018. «Il semble qu’elle se trouvait dans l’est de la Syrie et qu’elle continuait à se consacrer à son métier», ajoute Dominik Stillhart.

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Agée de 62 ans, Louisa Akavi a effectué des dizaines de missions en Somalie, en Ethiopie, en Bosnie-Herzégovine, au Sri Lanka, en Irak ou encore en Afghanistan. En 1996, cette infirmière expérimentée travaillait en Tchétchénie quand l’hôpital du CICR a été pris d’assaut. Six personnes ont alors été tuées. «Louisa s’était enfermée dans la pièce où elle se trouvait. Cette réaction rapide et instinctive lui a sauvé la vie et témoigne de sa présence d’esprit même dans les situations les plus extrêmes», salue le directeur des opérations.

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