L’ennemi du président Xi Jinping condamné à la prison à vie

Chine L’ex-responsable de la sécurité intérieure accusé de corruption

Il est apparu presque méconnaissable. Amaigri et les cheveux non plus d’un noir intense mais devenus blancs, Zhou Yongkang a été montré jeudi en fin d’après-midi par la télévision chinoise. Devant la cour de Tianjin, une ville située à l’est de Pékin, l’ancien ministre de la Sécurité publique a été condamné à la prison à vie pour «recel de corruption, abus de pouvoir et révélation de secrets d’Etat».

«Cette annonce est très importante parce qu’il s’agit du plus haut responsable chinois jamais jugé pour corruption», a réagi Yan Xiaojun, professeur de sciences politiques à l’Université de Hongkong. En août 2013, le Parti communiste chinois (PCC) avait annoncé l’ouverture d’une enquête, suivi un an plus tard par la justice chinoise. Arrêté et exclu du PCC en décembre dernier, Zhou Yongkang, 72 ans, a vu son procès s’ouvrir le 22 mai. Un procès à huis clos malgré les appels à le tenir en public, comme celui de son allié Bo Xilai en 2013.

14 milliards accumulés

Zhou Yongkang ne fut pas seulement le «tsar» de la sécurité. Cet ancien maire de Panjin, connue pour sa plage rouge, appartenait aussi au Comité permanent du bureau politique, l’instance suprême du PCC. Ce comité, de sept membres, compte aujourd’hui le président, le premier ministre ou encore le responsable de la commission qui lutte contre la corruption. «Zhou était notamment chargé de la mise en œuvre des lois. On peut dire qu’il détenait beaucoup de pouvoir, du vrai pouvoir», décrypte Yan Xiaojun.

Dans nos colonnes en début d’année, un autre universitaire chinois spécialiste de la corruption rappelait que Zhou, lié aux milieux pétroliers, «avait accumulé 90 milliards de yuans [14 milliards de francs] à l’étranger. […] Il était devenu un «parrain», pouvant acheter l’influence de l’armée, des milieux économiques. Bref, il devenait un faiseur de rois.» Les médias officiels ont raconté comment, avec Bo Xilai, il avait formé une «clique» pour prendre le pouvoir à la place de Xi Jinping. Fin 2012, l’échec de ces ennemis politiques du président chinois a coïncidé avec le début de leur disgrâce.

Tous les avoirs de Zhou Yongkang ont été saisis. Ses fils sont aussi sous enquête, comme des dizaines de ses proches. Devant les caméras de télévision, la tête baissée, il a accepté le jugement, et déclaré qu’il ne ferait pas appel. Il a aussi remis des documents classés, lui qui avait mis sur écoute Xi Jinping avant qu’il ne devienne président. De son côté, la cour a indiqué avoir fait preuve d’«indulgence». Zhou Yongkang risquait la peine de mort.

Pour Yan Xiaojun, «cette condamnation d’un si haut responsable envoie un message très fort: la lutte contre la corruption n’a pas de limites. Elle sert aussi d’avertissement aux officiels toujours en cavale.» Il estime encore que «la commission de lutte contre la corruption se devait d’arriver à un résultat de ce genre pour prouver son rôle».

A présent, d’aucuns émettent l’idée que la campagne pour «restaurer la discipline», selon le jargon du PCC, pourrait faire une pause, en particulier parce qu’elle a créé un climat de peur qui paralyse les décisions économiques alors que la croissance ne cesse de ralentir. Yan Xiaojun reconnaît que «la stratégie de la campagne doit être ajustée. Au début, les grands tigres comme Zhou Yongkang étaient visés. Il a ensuite été question de transformer le système lui-même. Cependant, on ne sait pas encore si nous en sommes déjà à cette étape.»