Lundi 21 septembre 2009. Une ambiance fiévreuse règne dans les étages supérieurs du Centre international de Vienne, siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) situé sur les rives du Danube. Les services du directeur général, Mohamed ElBaradei, viennent de recevoir un document émanant de la mission iranienne et dont le contenu les laisse cois. Après six ans et demi d’enquête en territoire iranien pour établir la nature exacte du programme nucléaire de Téhéran, beaucoup de frustrations et peu de découvertes malgré un faisceau de présomptions accablant, l’Iran lui-même vient de jeter un pavé dans la mare. Il avoue l’existence d’une seconde usine d’enrichissement de l’uranium, hormis celle de Natanz, à 250 km au sud de Téhéran.

L’orage a éclaté il y a sept ans déjà, dans la torpeur de l’été 2002. Un groupe de résistants iraniens en exil, les «Moudjahidin du peuple», révèle que l’Iran construit deux sites nucléaires clandestins: un réacteur à eau lourde pouvant produire du plutonium, à Arak, et une usine d’enrichissement d’uranium, à Natanz.

Le monde est abasourdi. Les inspections de l’AIEA débutent en février 2003. Très vite, d’étranges incidents intriguent les experts de Vienne. Lavizan-Shian, un centre de recherche dans la proche banlieue sud de la capitale, a été entièrement rasé, la terre retournée sur 4 m de profondeur. Que sont devenues les machines qui y étaient stockées, probablement des prototypes de centrifugeuses expérimentales, ultra-perfectionnées et destinées à enrichir l’uranium à des taux «militaires», supérieurs à 90%? Les inspecteurs ont raté le coche. Le trésor de Lavizan reste introuvable à ce jour, transféré à Parchine ou Lavizan-Shian II, deux sites militaires en bordure de Téhéran restés totalement inaccessibles à l’AIEA.

En 2004, celle-ci investit le site de la Kalaye Electric Company, soupçonné lui aussi de servir de stockage pour des activités nucléaires interdites. Trop tard: les bâtiments ont été fraîchement repeints, laissant toutefois émerger quelques particules d’uranium hautement enrichi. Un an plus tard, fin 2005, un inspecteur découvre fortuitement un document qu’il n’aurait jamais dû voir: 15 pages de plans industriels décrivant minutieusement le moulage de demi-sphères d’uranium métal. Aucune application au monde autre que la conception d’ogives nucléaires ne peut justifier une telle opération.

En février 2008, le chef des inspecteurs de l’Agence, Ollie Heinonen, convoque tous les diplomates présents à l’AIEA et leur présente un impitoyable dossier à charge sur la «possible dimension militaire du programme nucléaire de l’Iran», à partir de toutes les preuves recueillies jusqu’ici par ses hommes. Il décrit les tests de détonateurs à haute altitude, les demi-sphères d’uranium métal, les modifications de missiles balistiques Chahab-3 pour emporter des charges nucléaires.

L’Iran n’a jamais daigné s’expliquer, qualifiant les documents présentés de «faux grossiers, fabriqués de toutes pièces».