L'OMS, pressée par les Etats-Unis et l'Union européenne de lancer une nouvelle enquête sur les origines du Covid-19, s'est plaint vendredi des nombreuses interférences politiques et a demandé qu'on laisse les scientifiques travailler.

Longtemps balayée d'un revers de main par la plupart des experts, la théorie d'un accident de laboratoire à Wuhan, en Chine, est revenue en force ces dernières semaines dans le débat américain, mais reste farouchement combattue par Pékin. Et les appels en faveur d'investigations plus approfondies se multiplient au sein de la communauté scientifique.

Un processus «empoisonné»

Vendredi, en conférence de presse, le directeur du programme des urgences sanitaires de l'OMS, Michael Ryan, a fait part de son profond mécontentement face aux interférences politiques qui se multiplient mais qui n'apportent pas de «nouvelles preuves», et a demandé aux Etats de travailler ensemble au lieu de politiser le sujet. «Tout ce processus est empoisonné par la politique. Nous aimerions que tout le monde sépare la politique de la science», a-t-il dit.

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A ses côtés, la Dr Maria Van Kerkhove, responsable technique de la lutte contre le Covid-19 au sein de l'OMS, a assuré que les prochaines étapes de l'étude seraient définies «dès que possible», tout en prévenant: «Cela prendra du temps». «Laissez donc les scientifiques être des scientifiques!», a-t-elle conclu. Déterminer comment le virus, qui a fait plus de 3,5 millions de morts dans le monde, est passé à l'homme est jugé crucial pour tenter d'empêcher la prochaine pandémie.

De nouvelles études

Le président des Etats-Unis Joe Biden a appelé mercredi les services de renseignement américains à «redoubler d'efforts» pour expliquer l'origine du Covid-19 et exigé un rapport d'ici 90 jours. Les Etats-Unis et l'Union européenne, ainsi que d'autres pays, ont également appelé cette semaine l'OMS à lancer de nouvelles études, alors que la première mission - réunissant des experts internationaux et des scientifiques chinois - a soulevé plus de questions qu'elles n'en a résolu, sur fond de suspicion de manque d'indépendance envers Pékin.

Pour l'instant, «l'OMS examine les recommandations du rapport sur les origines du virus» publié fin mars, a expliqué une porte-parole, Fadela Chaib. «Les équipes techniques vont préparer une proposition sur les prochaines études à mener», qui sera ensuite présentée au directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a-t-elle indiqué. Une réponse similaire à celle indiquée par l'OMS fin avril. «Il n'y a pas de calendrier», a-t-elle précisé, lors d'un autre point de presse à Genève.

Une hypothèse privilégiée

Le rapport des experts publié fin mars a conclu que l'hypothèse la plus probable - sur les 4 envisagées - est la transmission du nouveau coronavirus d'une chauve-souris à un animal intermédiaire - qui n'est pas encore connu - avant son adaptation à l'homme et le déclenchement de la crise sanitaire mondiale qui se poursuit. Les experts recommandent de poursuivre les recherches sur leur hypothèse principale, mais aussi sur plusieurs autres scénarios. Un seul ne mérite pas d'être creusé selon eux: le virus échappé d'un laboratoire de Wuhan.

Le Dr Tedros avait rapidement assuré ensuite que toutes les hypothèses restaient sur la table. La porte-parole de l'OMS a également souligné vendredi que «d'autres études seront nécessaires dans un certain nombre de domaines, notamment sur la détection précoce des cas, sur le rôle qu'ont pu jouer les marchés d'animaux via la chaîne alimentaire et sur l'hypothèse d'un incident de laboratoire».