Iran

Où en est l’enrichissement d’uranium?

Alors que des signes d’apaisement apparaissent entre Téhéran et les Occidentaux, le point avec Olli Heinonen, ex-chef des inspecteurs internationaux, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de la question

Alors que des signes d’apaisement apparaissent entre Téhéran et les Occidentaux, le point avec Olli Heinonen, ex-chef des inspecteurs internationaux, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du nucléaire iranien.

Le Temps: Les autorités iraniennes affirment qu’elles ont le droit d’enrichir de l’uranium tant que l’enrichissement n’est pas supérieur à 20%. Est-ce correct?

Olli Heinonen : L’Accord de garanties [ndlr: conclu entre l’Iran et l’Agence internationale de l’énergie atomique en 1974] ne pose pas de seuil pour l’enrichissement d’uranium. La seule limite consiste en ce que l’ensemble du matériel nucléaire iranien doit rester sous le contrôle de l’AIEA et être utilisé à des fins pacifiques. Le Conseil des gouverneurs de l’AIEA a établi que l’Iran ne respectait pas ces engagements et en a référé au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier a requis de l’Iran qu’il suspende l’enrichissement d’uranium, ce que ce dernier n’a pas fait. Or les résolutions du Conseil de sécurité ont un caractère obligatoire et l’Iran doit donc s’y tenir.

– Une fois le seuil de 20% atteint, est-il nécessaire de développer une autre technologie pour obtenir de l’uranium hautement enrichi, dit «de qualité militaire», et donc d’envisager la fabrication d’une bombe nucléaire?

– Les centrifugeuses dont dispose l’Iran suffisent à procéder à cet enrichissement, s’il en décide ainsi. Cela ne nécessiterait que des modifications mineures dans les sites de Natanz ou de Fordow. De tels aménagements ne prendraient que quelques jours, sans doute pas même des semaines.

– L’Iran dispose-t-il de suffisamment de centrifugeuses pour s’engager sur cette voie?

– Le nombre actuel de centrifugeuses avoisinerait les 10 000, mais les Iraniens ont commencé à en installer davantage selon le rapport de l’AIEA de février dernier. Ce nombre est l’un des enjeux. Avec une telle quantité, et la performance de ces centrifugeuses, il n’est pas réaliste de clamer, comme le font les Iraniens, qu’il s’agit de produire du combustible pour leur centrale nucléaire de Bushehr. Les Iraniens ont en effet assuré l’approvisionnement de cette centrale pour dix ans grâce à des contrats avec la Russie. De même, la nécessité mise en avant par l’Iran de produire de l’uranium enrichi à 20% pour alimenter le réacteur de recherche de Téhéran est largement exagérée.

De l’uranium enrichi à 20% est facilement disponible commercialement, et les stocks actuels d’uranium enrichi répertoriés en Iran sont déjà suffisants pour dix ans d’opération du réacteur. L’Iran doit donc expliquer la logique qui est derrière un tel excès de production.

– Où sont installées ces milliers de centrifugeuses?

– Les centrifugeuses opérationnelles seraient dans les sites de Natanz et Fordow. Les Iraniens ont annoncé qu’ils pourraient construire pas moins de dix sites supplémentaires mais ils n’ont fourni aucun détail à ce propos. Plus récemment, M. Abassi Davani [ndlr: le chef du programme nucléaire iranien] a toutefois assuré qu’ils n’avaient pas commencé la construction d’un troisième site d’enrichissement. Par ailleurs, des installations de fabrication de centrifugeuses sont disséminées dans beaucoup d’endroits différents, qui ne sont pas l’objet d’inspections de l’AIEA.

– Que sait-on au juste du nouveau site de Fordow?

– Le dernier rapport de l’AIEA affirme que Fordow produit de l’uranium enrichi à 20% et que cette installation est aussi utilisée pour des objectifs de recherche et de développement. Le rapport indique aussi que l’Iran est en voie d’y installer des centrifugeuses supplémentaires.

– Le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Salehi affirme que l’Iran pourrait accepter l’idée d’importer de l’uranium enrichi sous le contrôle des grandes puissances. Que pensez-vous de cette proposition?

– A mon avis, nous devrions entrer en matière, à la condition que l’Iran s’engage dans le même temps à mettre une limite à sa propre production d’uranium enrichi.

La communauté internationale souhaite que l’Iran respecte les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et qu’il réponde aux questions liées à la dimension militaire de son programme nucléaire. Cela permettrait à l’AIEA d’offrir des garanties crédibles démontrant que tout le matériel nucléaire iranien est bien destiné à un usage pacifique.

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