Ils ont souligné le caractère historique du moment, mais Raul Castro n’a pas hésité à poser ses conditions. Les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro se sont entretenus samedi au cours d’une rencontre historique en marge du sommet des Amériques, la première entre des dirigeants de ces deux pays ennemis de la Guerre froide depuis 1956.

La rencontre s’est déroulée moins de quatre mois après le début du processus de normalisation annoncé conjointement le 17 décembre. Les deux hommes s’étaient déjà serré la main et avaient échangé quelques mots lors de l’ouverture du sommet, dans la nuit de vendredi à samedi (heure suisse).

«Nous sommes maintenant en mesure de tracer un chemin vers l’avenir», a dit Obama à son homologue. «Avec le temps, il nous est possible de tourner la page et de favoriser de nouvelles relations entre nos deux pays», a-t-il continué.

Les deux chefs d’Etat avaient pris place côte à côte dans une petite salle de conférence et ont discuté dans une atmosphère cordiale, chacun opinant et souriant à ce que disait l’autre lors de brèves déclarations aux journalistes.

Barack Obama a indiqué que les deux pays allaient continuer à œuvrer à la réouverture d’ambassades. Il a assuré qu’il entendait continuer à faire pression sur La Havane concernant la question des droits humains auprès de ses interlocuteurs cubains.

Rayée de la liste noire

Au-delà des gestes symboliques, Cuba attend avec impatience d’être rayée de la liste américaine des Etats promoteurs du terrorisme. Raul Castro s’était dit avant l’entretien heureux de savoir que Barack Obama comptait prendre rapidement une décision à ce sujet.

Il a déclaré au cours de sa rencontre avec le président américain qu’il allait continuer de prendre des mesures vers la normalisation des relations bilatérales. «Nous sommes disposés à discuter de tout, mais nous devons être patients, très patients», a dit le président Castro, qui a 83 ans.

Les deux hommes ont auparavant prononcé des discours qui feront date lors d’un Sommet des Amériques voué à sceller leur rapprochement. S’exprimant le premier devant une trentaine de ses pairs du continent, Barack Obama a affirmé que le rapprochement entre Washington et La Havane marquait «un tournant» pour les Amériques.

Dans une très longue allocution, son homologue cubain a ensuite salué la probité du président des Etats-Unis, le qualifiant d’«homme honnête», dans la foulée d’un plaidoyer contre les ingérences des anciennes administrations dans les affaires cubaines et latino-américaines.

Leur face à face très attendu consacre le réchauffement annoncé au terme de 18 mois de tractations menées dans le plus grand secret.

«Nous sommes en terre inconnue ici. Il s’agit de changer fondamentalement la manière dont les Etats-Unis considèrent Cuba, son gouvernement, sa population, sa société civile», a résumé Ben Rhodes, l’un des conseillers d’Obama.

«Résoudre» la question de l’embargo

Au-delà des relations diplomatiques, le chemin de la normalisation reste semé de nombreux points de contentieux, dont l’embargo total sur les transactions économiques et financières avec Cuba, imposé depuis 1962. Le président cubain a une nouvelle fois insisté samedi sur le fait que cette question «doit être résolue».

Son homologue des Etats-Unis avait peu avant rappelé avoir demandé au Congrès, contrôlé par les républicains et seul habilité à le faire, de travailler à la levée de cette mesure. Mais les deux chambres sont très partagées sur la question.

En attendant, Barack Obama a assoupli l’embargo, dans la limite de ses prérogatives présidentielles, mais cela est jugé «insuffisant» par La Havane.

Dispute avec Caracas

Le Sommet s’est terminé dans la nuit sans déclaration finale. Les États-Unis refusaient d’y voir mentionné un soutien à Caracas dans sa dispute avec Washington, qui a qualifié le Venezuela, principal partenaire économique de Cuba, de «menace» pour leur sécurité intérieure.

Depuis plusieurs semaines, Barack Obama est très critiqué en Amérique latine en raison de ce décret qui a imposé en mars des sanctions contre de hauts responsables vénézuéliens. A la tribune, le président vénézuélien Nicolas Maduro a de nouveau exigé le retrait de ce décret qu’il juge «disproportionné».