Combien de temps peut-il encore tenir? Les pressions augmentent, les appels à la démission se multiplient, mais Andrew Cuomo refuse toujours de quitter ses fonctions.

Vendredi soir, un nouveau témoignage d’une femme, divulgué par le New York Times, a été rendu public. Jusqu’ici connu comme étant l’un des gouverneurs les plus populaires des Etats-Unis, l’«empereur» de New York est désormais accusé par neuf femmes de propos ou gestes déplacés, alors qu’il est déjà au cœur d’une polémique pour avoir caché le nombre exact de morts du covid dans des homes pour personnes âgées. La dernière accusatrice en date, Alyssa McGrath, 33 ans, est l’une de ses employées actuelles. Elle affirme qu’il la «reluque» de façon gênante et lui aurait fait des «remarques suggestives».

Au sein de son parti, le malaise grandit. Les démocrates new-yorkais Chuck Schumer, leader du parti au Sénat, et la jeune élue Alexandria Ocasio-Cortez font partie de ceux qui ont ouvertement appelé à sa démission. Le maire de New York, également démocrate, avec lequel il entretient des relations tendues, aussi. Même Joe Biden s’est exprimé.

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Une procédure de destitution

Dans une interview accordée la semaine dernière à ABC, le président démocrate déclare que le gouverneur doit quitter son poste si les accusations de harcèlement sont confirmées. «Je pense qu’il sera alors probablement aussi poursuivi par la justice», a-t-il précisé. Joe Biden a dû lui-même faire face à des accusations similaires. Le gouverneur est par ailleurs visé par une procédure en destitution au parlement local, à majorité démocrate. Nancy Pelosi, la cheffe de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, n’est pas restée à l’écart de la polémique: elle a appelé le gouverneur, officiellement pour s’enquérir de sa situation et «voir s’il peut encore diriger l’Etat avec efficacité».

Pour Andrew Cuomo, 63 ans, les problèmes ont débuté en février, avec une première accusatrice, Lindsey Boylan, 36 ans, qui a témoigné. Elle affirme que le gouverneur l’a embrassée de force en 2017 et a tenu des propos suggestifs, lui proposant notamment de jouer au strip-poker. D’autres femmes ont par la suite décidé de rompre le silence. L’accusation la plus grave, rendue publique par le journal local Times Union, provient d’une ancienne employée, qui affirme qu’il a mis sa main sous son chemisier et l’aurait touchée de façon «agressive» à la fin de 2020, dans sa résidence officielle. Andrew Cuomo est aujourd’hui célibataire. Il a épousé une Kennedy en 1990, une union qui s’est soldée par un divorce quinze ans plus tard.

Le gouverneur réfute toutes les accusations et attend les résultats de l’enquête supervisée par la procureure de l’Etat, Letitia James. Ainsi que celle lancée au parlement local. Tout au plus a-t-il admis, dans un communiqué, être souvent «taquin» et avoir peut-être «manqué de sensibilité». Mais il insiste: «Je n’ai jamais touché personne de façon inappropriée, ni fait d’avances à qui que ce soit, et je n’ai jamais voulu mettre quelqu’un mal à l’aise.» Mercredi, il se faisait vacciner devant les caméras dans une église de Harlem transformée en centre de vaccination temporaire. Il a su pour l’occasion s’entourer de leaders afro-américains qui n’ont cessé de chanter ses louanges.

«Vous êtes cuit»

Longtemps vu comme un héros de la lutte contre la pandémie qui a su tenir tête à Donald Trump, le gouverneur, dont le troisième mandat expire en 2022, traverse la plus grande crise de sa carrière politique. Il peut se targuer de plusieurs succès à New York: c’est sous son mandat que l’Etat a légalisé le mariage homosexuel, adopté une législation stricte sur le contrôle des armes à feu ou encore augmenté le seuil du salaire minimum. Fils de Mario Cuomo qui a lui-même été gouverneur, Andrew Cuomo a aussi dû affronter la tempête Sandy en 2012.

L'homme a toujours su faire face aux difficultés, briller en public. Au plus fort de la pandémie, il tenait des briefings quotidiens, et son calme, sa clarté et sa pédagogie ont été loués et donnés en exemple, de la côte Est à la côte Ouest. A tel point qu’il a reçu un Emmy Award spécial pour ses prestations. Une comédienne, Maria DeCotis, s’est de son côté fait remarquer en divulguant des vidéos hilarantes, dans lesquelles elle l’imite, insistant sur son côté italien.

Il faut dire que le gouverneur est un client idéal: il digresse facilement lors de ses conférences de presse, se laisse aller à raconter des histoires de famille, comme la tradition dominicale des spaghettis aux boulettes de viande. Andrew Cuomo a un talent indéniable d’acteur, et ses interviews, par son frère Chris Cuomo, qui a sa propre émission sur CNN, se transforment souvent en sketchs.

Sauf ces derniers jours. Ceux qui le connaissent le décrivent surtout comme mégalo, obsédé par sa popularité, qui aime se mettre en scène. Un homme exigeant, brusque, volontiers moqueur, qui demande à ses collaborateurs de suivre à la trace tout ce qui est dit et écrit sur lui. Politico a fait le calcul: en mars 2020, il a eu 91 contacts avec des journalistes, puis 32 en moyenne par mois, d’avril à janvier. Aujourd’hui, il cherche plutôt à échapper aux médias.

Depuis qu’il est la cible d’accusations pour son comportement envers des femmes, les vannes semblent grandes ouvertes. D’autres témoignages, concernant cette fois ses méthodes de management autoritaires, font surface. Le New York Magazine le décrit dans une récente enquête comme une personne avide de pouvoir, qui instaure un climat de travail toxique. Ses collaboratrices se feraient prier de porter des talons aiguilles en sa présence, assurent des témoins. Au New York Times, Richard Ravitch, un ancien lieutenant-gouverneur démocrate, ne mâche pas ses mots: «Le problème avec Cuomo, c’est que personne ne l’a jamais aimé. Ce n’est pas quelqu'un de sympathique et il n’a pas de vrais amis. Si vous n’avez pas de base solide pour vous soutenir et que vous avez des problèmes, vous êtes cuit.»