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L’EPFL donne Hillary Clinton gagnante, pour l’instant

Avec le Social Media Lab lancé par Adrienne Corboud, les experts peuvent sentir les tendances quelques jours avant les résultats des sondages. Le modèle avait prédit le oui au Brexit

A l’heure où ces lignes commencent à être écrites, Hillary Clinton devance toujours Donald Trump. La candidate démocrate a obtenu mardi 47,4%, tandis que Donald Trump en a récolté 45,5%. Le lendemain matin, mercredi, l’écart s’est un peu réduit (46,8%, contre 45,5%). Jeudi matin, le républicain est remonté à 45,8%, tandis que sa rivale recule à 46,7%. Il ne s’agit pas d’un sondage. Mais plutôt d’un modèle prédictif reproduit par Swissquote tous les matins parmi quelques outils pour aider à orienter ses clients avant l’élection présidentielle américaine.

Le modèle lui-même a été développé au Social Media Lab de l’EPFL, dirigé par Adrienne Corboud Fumagalli, vice-présidente innovation et valorisation de l’institution. Il permet de dire ce que les sondages diront en général dans les trois jours qui suivent. «Nous pouvons avoir des résultats plus rapidement que les sondages dans la mesure où nous observons les opinions et comment elles fluctuent. Nous n’avons pas besoin de poser des questions et de traiter les réponses, ce qui crée un délai pour les sondages», explique-t-elle. Et depuis le début de la campagne américaine, cette méthode qui consiste à aspirer et à analyser tout ce qui se dit sur le Web (réseaux sociaux, blogs, médias, etc.) a montré des résultats très proches de la réalité décrite par les sondages, notamment via le site qui les agrège, Real Clear Politics.

Test réussi avec le Brexit

Le système avait déjà permis de sentir que le Brexit allait être accepté par les Britanniques au printemps dernier. Il a été affiné depuis: «Nous nous sommes concentrés sur les changements d’opinion et les nouvelles opinions pendant la campagne. Nous avons voulu sentir les tendances plutôt que d’analyser toutes les opinions émises, explique la chercheuse. L’idée n’est «pas d’empiler les mêmes avis au cours de la campagne, mais aussi d’intégrer la majorité silencieuse, quand elle décide de s’exprimer.» Et le modèle permet d’identifier l’ironie grâce au contexte, en fonction des avis précédents et de la communauté de celui qui le publie. En outre, il ne se limite pas à une analyse sémantique: les mots utilisés sont évidemment analysés, mais il tient compte aussi des émotions qui entourent les déclarations.

Et celles-ci sont nombreuses. Exemple: les «Trump tapes», affirmations sexistes de Donald Trump et les réactions qu’elles ont provoquées, ont tout de suite fait évoluer les résultats du modèle en faveur d’Hillary Clinton. A l’inverse, les déclarations du directeur du FBI, James Comey, ont comblé l’écart entre les deux candidats.

Possible en Suisse aussi

L’experte reconnaît que les voix qui s’élèvent, dans un sens ou dans l’autre, ne sont pas forcément représentatives de la population, mais elle souligne l’intérêt de mesurer les expressions et l’engagement autour d’un thème sur le Web.

Le même travail avait été effectué pendant la conférence sur le climat COP21. Il sert aussi à des entreprises pour gérer leur réputation sur Internet ou en cas de crise de communication. L’équipe de l’EPFL ne s’est pas concentrée sur les Etats-Unis pour des questions de volumes d’opinions: «On peut mesurer des tendances même avec un faible volume.» Suffisamment donc, pour des votations en Suisse aussi, par exemple.

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Le Social Media Lab deviendra une start-up

Le Social Media Lab deviendra une start-up, qui est sur le point d’être fondée, et dont le nom a déjà été trouvé: Deeption. «Après huit années à l’EPFL à encourager les entrepreneurs, il sera temps que je passe à mon tour à l’action», explique cette ancienne de Kudelski. Et donc de développer les applications commerciales du laboratoire pour lequel travaillent actuellement six personnes, avec régulièrement des collaborations temporaires. Le Social Media Lab travaille déjà avec Swissquote et a également travaillé avec d’autres entreprises. (MF)

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