Daniel Cohn-Bendit ne veut plus parler de Mai 68. Enfin, à quelques exceptions près: cette semaine, la figure emblématique des «événements» était à Paris pour faire la promotion de son livre Forget 68 (Editions de l'Aube). Et exprimer, incidemment, son avis sur la révolte plutôt désenchantée des jeunes Français d'aujourd'hui.

«En 1968, nous étions prométhéens, nous voulions inventer notre avenir, explique-t-il. Aujourd'hui, les jeunes se demandent quel est leur avenir, ou s'ils ont un avenir. Ils ne voient pas où l'on va, où cette société va. C'est ça la différence.»

L'absence d'utopie, si frappante dans les mouvements actuels qui visent d'abord à protéger des emplois publics, ne le choque pas: «Je ne juge pas. C'est vrai qu'il y avait à l'époque un surplus d'utopie, un peu fou, un désir d'utopie. On pouvait dire n'importe quoi - par exemple, vive la liberté, vive la Révolution culturelle chinoise!» Aujourd'hui, la recherche d'une alternative au capitalisme est dans les limbes: «Le mouvement altermondialiste dit qu'un autre monde est possible. C'est très vague. C'est l'expression d'un désir, mais il est très difficile de décrire, de définir cet autre monde.»

Daniel Cohn-Bendit reconnaît que sa génération est pour quelque chose dans cette vacuité idéologique. Se réclamer de Che Guevara ou de Mao Zedong était idiot, admet-il, même si ses idoles à lui étaient différentes: «Nous, les libertaires, nous étions pour la Catalogne de 1936, les conseils ouvriers de 1917, les marins de Cronstadt [ndlr: insurrection écrasée par Lénine en 1921]. On était toujours pour les losers de l'histoire! C'est quand même problématique.»

Pour l'ancien leader étudiant, devenu un député européen respecté, il est «beaucoup plus difficile d'être jeune aujourd'hui qu'il y a quarante ans. Il n'y avait pas le sida, la dégradation climatique, le chômage, la mondialisation sous sa forme actuelle... Les gens ont un besoin existentiel de dire pouce, stop, il faut arrêter tout ça. Mais le drame, c'est qu'on ne peut pas arrêter tout ça.»