Commentaire L’époque révolue des changements de régime

«Le dialogue est la seule voie de la raison.» Architecte de l’Ostpolitik aux côtés de Willy Brandt, Egon Bahr aurait pu être un conseiller de Barack Obama. Le président américain vient d’écrire l’Histoire, celle de sa présidence et celle des Etats-Unis, en rétablissant les relations diplomatiques avec l’un des ennemis les plus acharnés de l’Amérique, Cuba. Il a pris des risques, s’affranchissant d’un passé qui ne doit pas déterminer l’avenir de Cuba. L’embargo a été un cuisant échec. Il est temps d’en tirer la leçon et de tenter autre chose. Il a préféré l’ouverture à la politique des faucons américains axée sur la notion de changement de régime. Ses critiques arguent que sa politique ne va pas changer le régime castriste. La politique d’ouverture de Nixon n’a pas non plus transformé la Chine. Mais elle a permis d’établir une relation nouvelle avec Pékin. Les changements de régime orchestrés par Washington ont d’ailleurs produit des résultats désastreux: le renversement de Saddam Hussein en 2003 a plongé l’Irak dans le chaos et celui d’Allende en 1973 a livré le Chili à la dictature.

Pour Barack Obama, qui engrange ici un succès majeur, c’est la diplomatie et le dialogue qui permettent à Cuba et aux Etats-Unis de tourner la dernière page de la Guerre froide, de l’aventure désastreuse de la Baie des Cochons de 1961 et de l’inquiétante crise des missiles de 1962. Cette façon de concevoir la politique étrangère tranche avec l’ère de George W. Bush et les petits calculs de Washington, où les élus du Congrès d’origine cubaine ont fait de Cuba un jouet politique. Elle tranche aussi, non sans ironie, avec la manière dont Vladimir Poutine exerce son pouvoir. Jouant la carte ultra-nationaliste en Russie et usant d’une rhétorique belliqueuse qui pourrait recréer les conditions d’une nouvelle Guerre froide, le maître du Kremlin est prisonnier du passé. Barack Obama mise davantage sur un développement plus harmonieux du vivre-ensemble.