A peine une ligne sur les sites des médias américains: maigre écho pour le terroriste le plus recherché de la planète. Banalisation de la menace? Sentiment qu’Al-Qaida est à bout de souffle? Il y a un peu des deux explications dans les (non-) réactions au dernier message d’Oussama ben Laden, diffusé deux jours après la commémoration des attentats du 11 septembre 2001.

«Véritable changement»

L’enregistrement de onze minutes, qui reste à authentifier, est apparu sur le site As-Sahab, proche d’Al-Qaida. Accompagnée d’une image fixe – un ancien portrait du terroriste – la «déclaration au peuple américain» se réfère au discours de Barack Obama sur l’islam prononcé en juin au Caire, indiquant qu’il a été enregistré après.

Oussama ben Laden y qualifie Barack Obama d’«impuissant» à arrêter la guerre en Afghanistan et le juge «otage des groupes de pression, notamment du lobby juif». Il insiste, comme dans les précédents messages, sur l’occupation des territoires palestiniens, selon lui la cause profonde des attaques d’Al-Qaida.

Diaa Rachwane, directeur adjoint du centre Al-Ahram pour les études stratégiques et politiques, estime que le texte «traduit un véritable changement» en ceci qu’il ne comporte pas de menaces, ne mentionne pas les «martyrs» qui ont mené les attaques du 11 septembre. Avec un autre communiqué diffusé il y a trois semaines par le numéro deux d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, ceci «démontre clairement qu’Al-Qaida est affecté par les développements sur le terrain». Les frappes de drones en Afghanistan et au Pakistan, tuant au moins cinq chefs opérationnels ces dix-huit derniers mois, ainsi que la surveillance et la perturbation des communications du mouvement l’ont beaucoup affaibli, d’après plusieurs experts. Des procès-verbaux d’interrogatoires de recrues européennes désillusionnées font état d’un accueil chaotique et d’un entraînement de qualité médiocre.

L’alliance – de convenance plus que de conviction – entre Al-Qaida et les talibans chancelle, ce qui augmente les chances d’une capture d’Oussama ben Laden, déclare à l’AFP Mustafa Alani, analyste au Gulf Research Center de Dubaï. La sympathie populaire dont jouissait le mouvement s’étiolerait dans les pays arabes. D’après un rapport des services secrets, les deux tiers de l’information sur des personnes suspectées d’appartenir à Al-Qaida proviendraient de proches ou de voisins.

«C’est la première fois que Ben Laden apparaît aussi faible, dit Anouar Eshki, chef du Centre des études stratégiques et légales à Djedda. Son réseau commence à être démantelé dans les zones tribales pakistanaises en raison de coups durs qui lui ont été portés, alors que beaucoup de ses fidèles ont quitté le Pakistan pour le Yémen ou la Somalie.»

Le danger demeure

Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS, a une lecture légèrement différente du message d’Oussama ben Laden: «Il se situe sur un terrain plus politique, dans un rapport de forces plus classique, territorial. Sans doute Al-Qaida est-il affaibli par les frappes, mais il souffre surtout d’un essoufflement interne: avec le 11 septembre, il a donné ce qu’il pouvait. Difficile de faire mieux.»

La vigilance n’en reste pas moins de mise. Le chef du FBI, Robert Mueller, mettait en garde récemment dans USA Today contre tout triomphalisme: les terroristes d’Al-Qaida «conservent leur capacité de frapper outre-mer». Son collègue Jonathan Evans, des renseignements britanniques (MI5), prévient que la Somalie pourrait devenir le nouveau sanctuaire d’Al-Qaida, d’où le mouvement essaimerait en Afrique du Nord, au Sahel et au Nigeria.

Roland Jacquard, de l’Observatoire international du terrorisme, pense que si le mouvement est affaibli, «il est aussi conçu pour renouveler ses cadres rapidement. Le fait qu’il n’y a pas eu de gros attentat depuis 2005 ne signifie pas qu’Al-Qaida a perdu sa capacité d’organiser quelque chose de spectaculaire.»

Le dernier message d’Oussama ben Laden se situe d’ailleurs dans le long terme. «Nous continuerons la guerre d’usure par tous les moyens, comme nous avons épuisé l’Union soviétique pendant dix ans avant qu’elle ne s’effondre.»